Le YASHICA MAT un 6×6 recommandable

Un peu d’histoire:

Dans les années 50, une cinquantaine de marques se lancèrent au Japon dans la production d’appareils réflex à deux objectifs (TLR). Ils eurent beaucoup de succès tant sur le marché nippon qu’à l’exportation. Yashica sut imposer ses nombreux modèles mieux que d’autres marques. Durant près de 35 ans jamais une marque japonaise n’a produit autant de modèles distincts en grand nombre, sans parler des diverses évolutions et variantes. Les appareils utilisaient le film 120 et 220 (série 66) et le film 127 (série 44). Un modèle, le 635, permettait d’utiliser le film 135 en plus du film 120. Il semble que la production totale identifiée s’est élevée à au moins 1,4 million d’appareils parmi lesquels 574 000 MAT G et 166 000 MAT tout court. Toutes les quantités fabriquées ne sont pas connues par modèle ce qui amène à penser que les chiffres de production sont plus élevés.

Au départ, lancé sous le nom de Pigeonflex, le premier TLR qui allait devenir ensuite le Yashimaflex, puis le Yashicaflex, n’était qu’un clone du Rolleicord comme les très nombreux TLR de cette époque. Il avait l’avantage d’être construit sérieusement à partir d’une bonne base. Avec les années, l’appareil non seulement changea plusieurs fois de nom, mais fut perfectionné de fond en comble pour atteindre des hauts standards de qualité et de performances en vue de l’exportation. Le site ci-dessous, bien documenté et illustré, relate l’histoire des productions Yashica. Une vrai mine d’informations dont je recommande la lecture.

http://www.yashicatlr.com/index.html

L’appareil s’embourgeoisa au fil du temps, passant des modèles modestes à des modèles mieux équipés visant les concurrents Rolleiflex et Rolleicord. Les évolutions portèrent sur le passage des objectifs de trois lentilles à quatre de type Tessar, le montage d’obturateurs élaborés donnant le 1/500 ème de seconde, le lancement d’appareils à cellule incorporée ou couplée, l’adoption de la monture des filtres alignée sur celle des Rolleiflex dite BAI 1 (j’en parle plus loin) et un système d’avancement du film par levier couplé à l’armement à partir du modèle MAT que Yashica introduisit dans le boîtier. Le summum à l’époque car peu de concurrents comportaient ce dispositif. Sans cette amélioration qui lui assura la longévité, le Yashica TLR aurait connu un moindre succès et aurait rejoint les concurrents qui ont disparu rapidement au début des années soixante comme les Walzflex, Aireflex, Primoflex, Beautyflex…. Le mécanisme d’armement est voisin de celui des Rolleiflex au diamètre des rouages près.

Trois TLR à armement et avancement du film couplés, un Seagull, un Yashica MAT et un Rolleiflex 3,5 C

Est-ce une copie du Rolleiflex ? Le Rolleiflex, auquel il faut toujours revenir lorsqu’on veut parler de trouvailles ingénieuses et de précision, est la référence car il possède des perfectionnements ergonomiques utiles que n’ont pas le Yashica MAT et ses frères malgré toute la sympathie que je leur porte.

Deux caractéristiques principales font défaut au Yashica MAT pour rivaliser avec l’appareil allemand.

Il n’a pas de système de correction de la parallaxe qui est un des points forts de la précision des Rolleiflex et Rolleicord depuis la fin de la seconde guerre mondiale (1). Les Yashica n’en sont pas équipés, pas plus que leurs concurrents nippons et notamment l’Autocord de Minolta. Yashica préféra se lancer dans l’automatisme en installant dans son TLR des cellules (au sélénium puis au sulfure de cadmium) dont les amateurs étaient friands car la détermination du temps de pose fut longtemps pifométrique et source d’insuccès. Une fois la cellule installée, il n’y avait sans doute plus de place pour un système de correction de la parallaxe. Le second point est l’impossibilité de faire des doubles expositions alors que les modèles D et 635 à armement manuel le permettent. Mais une controverse anime les discussions entre les spécialistes, il s’agit des performances respectives des objectifs. Yashica n’a jamais abordé la haute performance optique contrairement à Rolleiflex avec les Planar et les Xenotar. De ce fait, on ne peut comparer les Yashinon qu’aux Tessar et Xénar dont ils ont sensiblement la même structure. Le test suivant est édifiant:

https://web.hevanet.com/cperez/MF_testing.html

On voit dans ce test ancien que, par rapport au Tessar, le Yashinon donne des valeurs en retrait au centre mais meilleures à la périphérie. Cela reste à un niveau très correct d’autant qu’avec le temps bien des appareils se sont déréglés ou ont reçu des chocs – y compris des Rolleis – et auraient besoin d’un recalibrage. Donc, selon le vieil adage, mieux vaut un Yashinon en parfait état qu’un Tessar altéré. De plus tout le monde sait qu’il existe des variations entre deux appareils identiques. Même les meilleurs n’échappent pas aux effets du temps.

En dehors de cela, les Yashica sont bien dotés, notamment ceux qui ont un obturateur au 1/500 ème, les MAT, le D et le 635.

Accessoires

Les accessoires du catalogue de la marque Yashica se limitent au paresoleil, aux filtres et bonnettes, ainsi qu’à des compléments optiques afin de transformer l’objectif de PDV en grand angle ou court télé. Des compléments identiques seront proposés sous la marque Sun, Spiratone, etc. Ces compléments sont aussi tentants que médiocres. Leur réputation n’est pas bonne pour du travail de qualité. Dans le catalogue, il n’y avait, ni attache rapide, ni poignée (?), ni adaptateur 24×36 (hormis pour le 635), ni prisme de visée. Les bonnettes ont également été produites par Vivitar, Sun, Kenko….

Concernant les accessoires optiques les plus courants, les filtres et les bonnettes Rolleinar produits par Rollei en BAI 1 s’adaptent parfaitement dans la baïonnette interne ( j’ai fait l’essai ci-dessous) en remplacement de ceux de la marque. On peut aussi trouver des accessoires de la marque Eurofiltre, B+W, Hoya… par contre et curieusement le paresoleil Rollei BAI 1 ne peut se monter sur le Yashica, malgré les apparences. La lèvre de la monture du Yashica est plus épaisse d’un ou deux dixièmes de millimètre que celle des Rolleis. J’ai testé deux paresoleils Rollei BAI 1, en vain (2). Inutile de s’acharner ça ne marche pas, la monture n’est pas si universelle que ça. Attention aux paresoleils achetés sans test. L’idéal est de trouver un paresoleil Yashica vraiment compatible. En général, peu d’amateurs s’équipaient des accessoires optiques et du paresoleil ce qui fait qu’on les trouve rarement en occasion. Parfois aussi, lors des successions, les héritiers gardent l’appareil photo du grand-père et les accessoires rangés au fond d’un tiroir finissent chez le brocanteur ou Emmaüs.

Montage de Rolleinar sur un Yashica.
Montage de filtre sur un Yashica.
Ce paresoleil BAI 1 de chez Rolleiflex ne peut se monter sur le Yashica

Paul Sokk évoque fort justement ces questions de compatibilité dans cet article: http://www.yashicatlr.com/AccessoriesYashicaTLR.html#bay1

Par ailleurs, les bouchons d’objectifs, Yashica et Rolleiflex ne sont pas interchangeables.

Et pour couronner le tout, le déclencheur souple adaptable aux Yashica est à « cloche » comme pour certains Nikon et autres japonais anciens.

Pour fixer la « cloche » du déclencheur on doit préalablement dévisser la bague situé autour du bouton poussoir et ne pas la perdre…

***

Le Yashica TLR le plus connu en France est le Mat 124, le haut de gamme, doté d’une cellule CDS couplée au diaphragme et à l’obturateur par un système de cames et permettant l’usage des pellicules 120 et 220, cette dernière ayant disparu des rayons. Il a existé en trois versions dont la dernière est le 124 G, G signifiant que les contacts de la cellule sont recouverts d’or pour limiter la corrosion des contacts ce qui était indispensable vu l’absence de protection de la cellule.

Intéressons-nous au Yashica Mat, tout court.

Cet appareil mis au point vers 1956 fut produit pendant une quinzaine d’années. Il fut diffusé en France dans les années 65/66, où il apparaît dans les catalogues. Il était vendu la moitié du prix d’un Rolleiflex 3,5. L’objectif de prise de vue est initialement un Lumaxar de 75 mm, puis de 80 mm, remplacé ensuite par un Yashinon de 80 mm. Ces optiques à quatre lentilles semblent identiques. Les derniers modèles postérieurs à 1970 ont un objectif de visée ouvrant à f2,8 contre 3,2 pour les précédents. Le MAT est un appareil à avancement du film et armement par manivelle doté d’un obturateur éprouvé Copal MXV au 1/500 ème et synchronisé pour le flash à toutes les vitesses. Son ergonomie est celle du Rolleiflex Automat et des dérivés, armement, déclenchement, réglages des vitesses et du diaphragme… Si on compare les deux appareils, on notera que la qualité de construction est voisine, les deux sont solides et bien finis. Le Yashica Mat comporte plus d’éléments en acier et davantage d’éléments chromés. Il pèse 1 100 gr contre 980 gr pour un Rolleiflex T.

Je fais observer que les photographes professionnels spécialistes du moyen format ont boudé cet appareil, lui préférant le Rolleiflex pour sa précision et sa performance optique. Le Yashica Mat a donc été considéré comme un Rolleiflex pour amateur. Beaucoup d’entre eux ont découvert le moyen format avec cet appareil financièrement abordable, avant de s’équiper d’un boîtier plus qualitatif. J’ai fréquenté un photo-club où deux adhérents actifs avaient cet appareil et produisaient d’excellents clichés, portraits, natures mortes, images documentaires, etc. Il est vrai qu’en noir et blanc, la maîtrise de la technique (développement et tirage) prévaut sur le nom du boîtier. Au tarif où il était vendu, « il ne pouvait égaler le Rollei », disait-on… avec une suspicion sur la qualité du matériel japonais inférieure aux yeux de certains au matériel allemand. De mon point de vue d’utilisateur/réparateur la qualité du MAT est réelle. On le voit en auscultant la partie mécanique côté manivelle. Quelques remarques: avant de rédiger cet article, j’ai compulsé une dizaine de Photography annual des années soixante et je n’y ai vu qu’une seule photo réalisée avec un Yashica et une seule aussi avec un Autocord, aujourd’hui démesurément encensé. De nos jours, dans les publications sur Flickr, j’observe que les utilisateurs de MAT obtiennent de bons résultats si les sujets et le développement s’y prêtent. Le MAT fut remplacé par les modèles comportant une cellule couplée comme le 124 plus attractifs aux yeux des amateurs.

En 2021, pourquoi s’en équiper ?

Si ce type d’appareil réflex à deux objectifs( TLR) vous intéresse je vous suggère de lire l’article suivant:

http://tipiphoto.free.fr/testnumerique/rolleiflex/

Compte tenu de la forte parenté ergonomique avec le Rolleiflex, le Yashica Mat peut le suppléer à bon compte. On le trouve à des tarifs plus abordables que les Rolleiflex. Ensuite, cet appareil est fiable, construit dans des matériaux de qualité, bien plus que les modèles suivants à cellule. On pense à tort que cette cellule CDS est un avantage alors qu’elle a deux faiblesses, une pile au mercure PX 13/PX625 désormais introuvable qui nécessite d’installer un adaptateur garantissant une tension de 1,35 volts ou de monter une pile wein-cell qui se vide rapidement et une absence criante de protection de son mécanisme (contacts et galvanomètre) accessible à la corrosion et aux poussières lorsqu’on ouvre le capuchon de visée. Sinon, le système fonctionne correctement avec une mesure moyenne, mais en raison des faiblesses dont j’ai parlé on évitera cet appareil. J’en ai possédé un de la première génération dont le galvanomètre s’est enrayé et le fil d’alimentation s’est coupé. Dans les foires, j’en croise pas mal qui souffrent de ce côté. Parfois, c’est réparable pour quelques temps. Une cellule à main donne de meilleures mesures y compris une sélénium en état. Si vous voulez être « vintage » adoptez une Weston-Master.

Le MAT est exempt de ces défauts par conception, aussi aurai-je la formule, pas de cellule, pas de complications. Aux dires des spécialistes de ces appareils, il serait mieux construit que ses successeurs, ce que je veux bien croire en particulier la dernière série de 124 G. De fait, on ne lui connait pas de pannes récurrentes hormis parfois un obturateur capricieux en raison de l’inactivité. C’est donc un bon choix pour se lancer dans le moyen format.

Du fait d’une faible diffusion, il n’est pas courant en occasion mais on en trouve parfois sur les sites de vente du WEB. Il y en a peu dans les bourses photo en France. Le modèle fut plus vendu dans les pays étrangers, Scandinavie, Belgique, Hollande… que dans l’Hexagone. Il faut compter autour de 220/250 euros pour un Mat avec son sac en très bon état cosmétique et technique sans altérations de l’optique et/ou du système d’armement et de l’obturateur. Il arrive que le stockage des appareils ne s’est pas effectué dans de bonnes conditions. En plus du stockage en atmosphère humide, cave ou grenier, l’alternance chaud/froid créé de la condensation qui finit par corroder l’appareil, gripper l’obturateur altérer l’objectif et le miroir etc. Ces choses arrivent également aux Rolleis. Acquérir un appareil qui présenterait ces symptômes est risqué et tout dépend du dysfonctionnement et du degré de réparabilité. Un miroir se remplace, un obturateur se « dégomme », par contre un objectif altéré (traitement de surface et colle entre les lentilles) ne peut se remplacer sauf à disposer d’un « donneur ». L’examen de l’appareil convoité nécessite les mêmes points de vérification que ceux du Rolleiflex.

Mon Yashica MAT

Il y a longtemps, j’avais apprécié le MAT 124 première génération remisé et revendu suite à ses ennuis de cellule. Histoire d’aller vérifier si l’herbe est plus verte que chez Francke et Heidecke, je viens d’acquérir un MAT en excellent état dont j’évalue la date de fabrication autour de 1965 en fonction de son numéro et selon le site de Paul Sokk. Il est propre (miroir et dépoli) et complètement fonctionnel (même l’obturateur). Il était vendu avec son sac. J’ai vérifié avec mon collimateur personnel la mise au point qui est exacte. Ceci est assez exceptionnel pour un appareil de 55 à 60 ans acheté d’occasion, car 9 fois sur 10 les appareils ont au moins une faiblesse, déformation suite à un choc, obturateur et retardateur gommés, objectif altéré, miroir piqué, revêtement décollé…sans parler des tarifs stradivariens auxquels j’espère ne pas contribuer lorsque je valorise ces appareils photos. Il ne me reste plus qu’à le tester mais, a priori, il n’a besoin ni d’une révision, ni d’un nettoyage de la chambre de visée, cette dernière ne devant être effectuée que sur les appareils dont le dépoli et le miroir sont gravement souillés.

cf: https://mlmpages.wordpress.com/2017/12/10/acheter-un-rolleiflex-que-faut-il-examiner/

Faut-il changer le dépoli du MAT ?

Jusqu’à présent j’ai trouvé le dépoli acceptable. En fait la question porte plus sur la luminosité de l’objectif de visée, pour le mien f3,5 que sur le dépoli lui-même. La question est en attente en fonction des performances de l’appareil.

Vous l’avez compris le MAT, tout court, est préférable au MAT 124.

A défaut de MAT on peut se replier sur le « D » sans système d’avancement automatique et d’armement par manivelle, façon Rolleicord, ou un rare « 635 » qui est un « D » apte, grâce à un adaptateur, au film 135. L’adaptateur a souvent été perdu et ça ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval.

(1) j’ai traité cette question dans l’article ci-après: https://mlmpages.wordpress.com/2018/02/09/__trashed/

(2) il y a plusieurs solutions: en acheter un réalisé en 3D ou le faire à partir d’un fichier, soit en trouver un de marque Yashica en occasion.

Les appareils photos SEAGULL TLR, histoire, évolution, restauration, améliorations, CLA (cleaning, lubricating, adjusting).

Après les Rolleiflex https://mlmpages.wordpress.com/2017/12/10/acheter-un-rolleiflex-que-faut-il-examiner/ je vous emmène faire un tour en Chine avec les appareils photo Seagull.

Un Seagull 4A de la première génération, remis en état à partir de deux boîtiers, entre un Rolleicord (plus petit en volume) et un Rolleiflex 3,5 Xenotar de volume identique. Cela donne l’impression que les éléments qui les constituent sont interchangeables. Il n’en est rien.

Un peu d’histoire

Plus inspirés des Rolleiflex que des rivaux japonais dans leur aspect, leur conception, leur construction et l’ergonomie qui a fait le succès des appareils allemands, les Seagull sont des appareils photos chinois reflex à deux objectifs (TLR)  fabriqués durant plusieurs décennies  à partir des années 60 par Shanghai Camera Factory. D’abord produits peu de temps sous le nom de Shanghai 4, ces appareils évoluèrent pour l’exportation à partir de 1964 en deux versions sous le nom de Seagull, l’une avec un système d’avancement du film couplé à l’armement de l’obturateur, version 4A , l’autre à armement manuel par bouton rotatif, version 4B, avec avancement du film au bouton et blocage pour éviter les doubles expositions comme sur le Rolleicord. Le 4B perdra cette fonction et deviendra un appareil dont l’avancement du film se contrôle dans les « fenêtres » rouges au dos de l’appareil. Ce n’est pas pratique. En contrepartie, ces seconds modèles de 4B étaient prévus pour le 6×6 et le 4,5×6. Une version susceptible d’accueillir un adaptateur genre ROLLEIKIN a été produite peu de temps (4C). Elle est quasi introuvable. Les dénominations de ces appareils furent multiples, 4A103, 4A105, 4A107, WWsc-120, B.I.G. TWIN 4… Le modèle le plus sophistiqué fut le rare 4A 109 doté d’un objectif à 4 lentilles et d’un obturateur au 1/500 ème, réplique d’un Copal comme celui limité au 1/300 ème. On pouvait lire les vitesses et le diaphragme en visant comme sur les Rolleiflex ou les Yashica mat. Il n’y a pas d’explications sur le choix du nom de la marque, « la mouette » en français. Les premiers Yashica TLR se sont bien appelés Pigeonflex ! Ils furent importés en Europe où ils connurent le succès en raison de leur tarif et de leurs qualités générales. J’avais acheté un 4A pour ces raisons au début des années 70 (un Seagull 4A coûtait 600 fr et un 4B encore moins, à comparer aux 2200 fr du Rolleiflex T). Longtemps je m’en suis servi, avec une cellule Sixtar, mais son obturateur a lâché. J’y reviens plus loin. Les rares tests parus dans la presse spécialisée à l’époque sont positifs avec un imbattable rapport qualité/prix. Photo Quelle, grand distributeur allemand, les vendit sous la marque REVUE. Ils sont bien fabriqués avec précision dans des matériaux costauds et dans l’échelle de la qualité, de mon point de vue, ils viennent juste après les Rolleis et les Yashica et bien avant les Semflex dont l’alu utilisé est franchement mou mais à l’obturateur excellent. Au tarif où il était vendu il a permis à beaucoup de photographe de se lancer dans le moyen format avec des bons résultats en attendant de « passer » au Rolleiflex.

Au cours de leur longue carrière, ils connaitront diverses évolutions esthétiques portant sur les attaches de courroie de transport, la peinture de certains éléments… Les évolutions techniques, en dehors de l’obturateur, quasi immuable, concerneront l’optique, le système de pliage du viseur, l’installation d’une griffe pour flash connectée dans les modèles ultimes, des variations du bouton de mise au point et un dépoli avec stigmomètre.

Ecorché du côté de la manivelle qui montre un schéma de construction inspiré des Rolleiflex. A noter que Yashica utilise pour ses « MAT » un système très proche. Attention à ne rien perdre si vous vous lancez dans le démontage, vis, rondelles, ressorts… Je l’ai uniquement fait pour vous montrer sa complexité et la qualité de la construction. Il fonctionne à sec, sans lubrification. En général, lorsqu’il y a un blocage cela ne provient pas de ce mécanisme mais de la commande de l’obturateur sous la façade et parfois même de l’obturateur.

Vous trouverez sur ces sites un panorama et l’histoire des TLR chinois :

http://www.tlr-cameras.com/Chinese/

http://niteprojekts.blogspot.com/2006/06/history-of-seagull-tlr-camera.html

Par ailleurs, Shanghai Camera Factory, devenu Seagull Camera, produisit des foldings 6X6 (genre Agfa Isolette), divers appareils 24×36 dont un réflex à monture Minolta ainsi que de nombreux accessoires dont un viseur à angle droit bien connu des possesseurs de réflex.

POINTS FAIBLES ET POINTS FORTS

Vous lirez beaucoup de commentaires négatifs sur la famille des Seagull si vous vous intéressez à cet appareil. Il faut relativiser les soucis éventuels de ces appareils au regard de leur prix, de leur état, des conditions de leur usage.

Les points faibles

En dehors du gommage de l’obturateur faute d’activité (mais on remédie aisément à ce mal de tous les obturateurs centraux, Compur, Copal, Prontor….), il arrive parfois que l’obturateur cède sans que cela soit imputable à un fonctionnement intensif. En cause, la conception des pivots en laiton des lamelles sertis sur celles-ci. Le sertissage lâche.  Je suis parvenu à remettre en état un de ces obturateurs en collant le pivot à la colle cyanolite sur mon premier Seagull acheté dans les années 70.

Voici un exemple d’un sertissage sur des pivots de lames de diaphragme mais le montage sur des lames d’obturateur est identique..

Par ailleurs, sur les modèles A, il arrive que l’échelle de profondeur de champ soit déréglée en raison du séchage de la colle. Cela se répare aisément. J’y reviendrais (1)

En dehors de ces fragilités mécaniques, les Seagull présentent trois faiblesses non rédhibitoires.

L’objectif de prise de vue souvent marqué HAIOU 31 comporte trois lentilles contrairement à ce que j’ai lu. Sans doute ses qualités font penser à une structure de type Xénar ou Tessar. La notice Seagull disponible ici, atteste de sa structure:

https://www.cameramanuals.org/pdf_files/seagull-4a.pdf.

Il est de type Cooke (deux éléments avant collés, un élément simple arrière). Les images sont nettes, il ne donne aucun assombrissement majeur dans les coins et le rendu des couleurs est correct, peu saturé. Mais, comme disent les anglo- saxons, il n’est pas « razor sharp » bien qu’il autorise des agrandissements de 30 x 40. L’examen de clichés déposés sur flickr montre de bons résultats. Un test paru dans « Photo ciné revue » faisait état d’une résolution centrale de 80 lignes par mm ce qui est excellent vu sa structure. Il est aidé par une construction précise du boîtier. Il ne génère pas de reflets dans la chambre noire qui ne dispose pas de chicanes comme c’est le cas des Yashica, Rolleiflex et Rolleicord, Ricoh, Flexaret, Minolta Autocord….Si du « flare » se produisait, la seule solution est de peindre la chambre noire avec une peinture noire mate.

Sur les évolutions suivantes de cet objectif, le traitement contre les réflexions donnera plus de contraste, SA 84, SA 85, SA 91, SA 92, etc . Il a existé des objectifs à 4 lentilles lors du lancement de l’appareil, les Haiou 43. Je n’en ai jamais vu. Le seul objectif  – à ma connaissance – ayant une structure voisine du Tessar à 4 lentilles est marqué, soit SA 99  3 G – 4 E (pour 3 groupes, 4 éléments), soit Tessalit – 4, au nom évocateur. Le groupe  arrière comporte 2 éléments collés comme sur les Tessar

L’objectif de visée des 4A est différent de l’objectif de prise de vue bien que portant souvent la même dénomination. Il est constitué de deux éléments. Il est ouvert à 2,8 alors que sur les 4B il ouvre, selon les modèles, à 2,8 ou à 3,5. Si vous avez la version 3,5, je déconseille de s’attaquer au changement de cet objectif par un objectif plus lumineux. Il n’en existe pas dans le commerce en ligne. La seule possibilité serait d’en prélever un sur un 4A et de l’installer sur un 4B. Le jeu n’en vaut pas la chandelle. Un meilleur dépoli donnera plus de luminosité et c’est une opération plus simple à effectuer qui vous amènera, au passage à nettoyer la cage de visée, le miroir et la face interne de l’objectif de visée.

Au centre de l’image, dans un petit trou rond, on aperçoit la vis de serrage de l’objectif de visée. On desserre la vis pour régler l’objectif en le tournant. Une fois réglé on serre la vis sans excès. Sauf à la suite d’une intervention lourde comme je l’ai fait, il est inutile de changer le réglage d’origine.

Le Seagull est équipé en général, sauf les versions récentes des années 90, d’un dépoli simple sans stigmomètre au centre. Il est moyennement granuleux mais acceptable notamment pour les appareils équipés d’un f2,8 à la visée. Les dépolis modernes sont plus fins.

La question des filtres et du paresoleil. Tous les Seagull ont des montures vissantes peu courantes de 34 mm de diamètre ce qui rend la recherche d’accessoires difficile. Comme on trouve plus facilement des accessoires vissants en diamètre 37, on peut équiper l’objectif d’une bague 34/37 et y adapter des filtres et un paresoleil de diamètre 37 plus courant. Le Seagull accepte également les filtres à emboitement de 36 mm de diamètre mais comme la lèvre sur laquelle le filtre s’emboite est peu saillante, je déconseille ce type d’accessoire à emboitement qui est arraché facilement. Le paresoleil est indispensable et point n’est besoin de s’équiper de plusieurs filtres. Un filtre orange ou jaune suffit. Pour la petite histoire, le plus modeste Pearl River TLR chinois a une monture d’objectif qui accepte les filtres Rolleiflex BAI 1. Pourquoi Seagull n’a pas doté son appareil d’une monture plus générique qui, vu le diamètre, aurait pu être la BAI II de Rollei ?

Le paresoleil de filetage 37 mm est monté sur une bague adaptatrice 34/37. Il gêne un peu la visée mais je n’ai pas trouvé mieux.

La limitation de l’obturateur au 1/300 ème est-elle un handicap ? D’une certaine façon, oui, bien que la plupart des Rolleiflex n’atteignent jamais un vrai 1/500 ème même révisés, en dehors de ceux de la série GX dont les vitesses sont pilotées électroniquement. En réalité, sur mon premier Seagull j’avais fait un test à indice de lumination constant (EV). Le 1/300 ème me paraissait correct, donnant une image un peu plus sombre que s’il s’agissait du 1/250 ème que m’indiquait ma cellule. Pour les novices, je précise que les vitesses ne se règlent pas dans ce type d’obturateur central. Au mieux, grâce à une lubrification et un nettoyage approprié on en améliore un peu la précision.

L’obturateur inspiré d’un Copal connaîtra peu d’évolutions au cours des décennies de fabrication. Quelques pièces seront fabriquées en acier au lieu du laiton.

Les points forts

Les Seagull sont construits d’une manière simple, précise et accessible ce qui rend leur réparation facile par des personnes méticuleuses et averties. Les matériaux sont de bonne qualité en particulier le miroir de la cage de visée qui résiste au temps contrairement à ceux d’autres marques. Sur un des deux Seagull qui m’a servi de banque de pièces, malgré une exposition à la poussière et à la moisissure le miroir est impeccable une fois nettoyé. Malheureusement, alors qu’ils avaient des pannes mineures, beaucoup de ceux qui ont des pannes mineures ont été désossés par des doigts peu experts au risque de les condamner à devenir des appareils « donneurs » de pièces détachées. C’est ce qui est le cas pour un des miens.

L’armement synchronisé à l’avancement du film qui a fait le renom de Rolleiflex, est un gros avantage sur la version 4A par rapport au 4B. On tourne la manivelle, l’obturateur s’arme automatiquement et on peut déclencher. On ne peut redéclencher qu’en armant à nouveau sauf en cas de surimpression volontaire. Pour les inattentifs comme moi, c’est un système sûr. C’est fiable car le mécanisme est bien étudié. Peu de Seagull ont des failles avec ce système tout comme leurs concurrents Rolleiflex ou Yashica. Leurs systèmes se ressemblent fortement. De plus, le chargement du film est aisé et sa planéité est assurée par un presseur. Il suffit de placer les deux flèches horizontales de la pellicule face au point rouge comme indiqué sur la notice consultable ici: https://www.cameramanuals.org/pdf_files/seagull_4.pdf

Au plan des perfectionnements, il faut signaler sur les versions A et B, la présence d’un correcteur de parallaxe. Parmi les fabricants d’appareils réflex à deux objectifs peu se sont attaqués au problème de la parallaxe. Le dispositif est constitué de deux volets qui se déplacent sous le dépoli sous l’action du bouton de mise au point comme sur un Rolleiflex ou Cord. Dans le viseur on a l’impression qu’un cadre se déplace d’avant en arrière. Même le très sur-côté et vanté Minolta Autocord ne possède pas ce système pas plus que les Yashica, Semflex, Flexaret… On peut penser qu’avec une « base » aussi bonne, Seagull avait envisagé le développement de modèles plus sophistiqués et d’accessoires optiques comme le Rolleinar.

Sur la platine avant, la vis – au milieu de la photo – retient la came de réglage de la correction de parallaxe.
Viseur déposé, on aperçoit le volet arrière du cadre de réglage de la correction de parallaxe. Un système de cames et de tringles actionne en les inclinant les volets avant et arrière en fonction du réglage de la distance.

Tous les Seagull ont la possibilité de faire des doubles (ou plus) expositions sur le même négatif ce qui peut avoir un intérêt. Sur le 4A, on appuie sur un petit bouton à côté de la manivelle et on fait tourner celle-ci à l’envers. C’est armé. Sur le 4 B il suffit de réarmer l’obturateur sans faire avancer le film.

L’obturateur est synchronisé pour le flash électronique à toutes les vitesses. Les premiers modèles de Seagull ne possèdent pas de griffe pour flash. Les derniers modèles ont une griffe avec un contact.

Dernier point non négligeable, bien que conçue sans chicanes, la chambre noire n’occasionne aucun reflet interne avec les divers objectifs que reçoit le Seagull.

Les améliorations à apporter au Seagull

Tel que, le Seagull est un bon appareil, pédagogique et performant. Il est idéal pour la réalisation de portraits et de photographie de rue, entre autres genres. Les paysages conviennent moins aux TLR.

Il se trouve que l’objectif à quatre lentilles cité plus haut ( SA 99) est disponible sur le web. On peut le monter sans difficultés à la place du 3 lentilles. Il est de même focale et de même diamètre.  Il offre une meilleure définition et un traitement des surfaces efficace contre les reflets. Bien réalisé,  il est très voisin d’un Tessar ou d’un Xénar de Rolleiflex. Comme l’objectif qui équipe mon Seagull est altéré sans possibilité de guérison, je choisirai cette solution de remplacement.

Le dépoli peut être remplacé par un dépoli au grain plus fin et donc plus lisible avec un stigmomètre qu’on trouvera aisément sur le web. Il faut retailler le dépoli avec un cutter pour l’adapter correctement à la bonne dimension qui est de 55 X 62mm. Je viens de le faire sur un Rolleicord dont la visée est améliorée d’autant plus que l’objectif de visée du Rolleicord n’ouvre qu’à f 3,5.

Nettoyage et ajustements

Je suis parti de deux appareils identiques, un Seagull en bon état cosmétique mais dont l’obturateur qui semble neuf donne irrémédiablement des vitesses erratiques (je soupçonne une opération maladroite du précédent propriétaire (1)), et le Seagull qui figure en haut de l’article acheté à petit prix. Sur ce dernier, tout semble fonctionner parfaitement, mise au point, diaphragme, vitesses, retardateur… Sur les deux modèles, la table de profondeur de champ de la mollette de mise au point s’est déréglée. C’est courant sur les 4A de première génération. On verra plus loin comment régler cela (2).

Je vais implanter l’obturateur qui fonctionne sur le Seagull qui est en excellent état esthétique en procédant à une révision complète de l’appareil. Pour ce faire, on doit dévisser la bague arrière de l’obturateur dans la chambre noire et ôter la plaque avant du Seagull. Sous la moleskine, on dévisse 4 petites vis et la bague autour du déclencheur. Voir les sites explicatifs en fin d’article.

Le nettoyage va porter sur les points suivants, le viseur, l’optique, la carrosserie et le sac.

Le viseur est fixé par quatre vis comme sur les Rolleiflex à viseur fixe. On le dépose en dévissant 4 vis pour accéder à la face interne du dépoli et au miroir. On retire délicatement les ressorts spéciaux et on lave le dépoli après l’avoir enlevé avec de l’eau savonneuse tiède et un pinceau fin pour la gouache. On l’essuie délicatement avec un kleenex. Au passage, on nettoie la face interne de l’objectif de visée avec la solution pour les verres de lunette. Je suggère de déposer le miroir pour bien le nettoyer. Le nettoyage en est facilité. Sous le miroir on remarque l’axe de la molette de mise au point. Comme elle est un peu dure, je dépose une goutte d’Interflon, variante moins grasse du WD 40 pour fluidifier la rotation. La loupe de visée subit le même nettoyage que l’optique de visée. On remonte.

Un des deux ressorts de retenue du dépoli.

Pour déposer et remplacer l’objectif de prise de vue, j’utilise une méthode simple avec un morceau de caoutchouc d’une chambre à air et un manchon constitué d’un raccord de plomberie. Un bouchon de liège de diamètre identique convient. L’important est qu’il n’excède pas 32 mm de diamètre On doit appliquer une pression uniquement sur la monture de l’objectif où sont gravées les inscriptions et tourner dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Pour la partie interne de l’optique – on y accède en ouvrant le dos – je me sers de brucelles, l’objectif comportant des encoches. Une fois l’objectif nettoyé sur les quatre faces des éléments, je constate que le revêtement de surface est légèrement altéré sur un cercle de 4 mm de diamètre et que le baume qui colle les éléments avant est dégradé. Une forme de délamination. Il faut probablement incriminer les conditions de stockage ou plus simplement, le temps. On peut utiliser cet objectif mais la qualité des images sera affectée. J’ai un autre objectif HAIOU 31 sur le Seagull cosmétiquement correct mais tant que je suis dans la réparation je préfère monter un SA 99.

L’objectif SA99 (partie avant et arrière) est installé en lieu et place du HAIOU 31 sur l’obturateur transféré. Pour plus d’assurance, en raison de l’importance des changements, je vérifie au collimateur maison la mise au point à l’infini: https://mlmpages.wordpress.com/2018/12/01/reglage-de-linfini-sur-un-appareil-a-soufflet-folding/

Celle-ci est correcte. Tant mieux car je ne voyais pas comment l’ajuster. Cela montre que ces appareils et la plupart des TLR, sont construits avec une grande précision. Ma conviction est que seuls, des chocs sur la platine qui supporte l’obturateur ou un desserrage de la partie antérieure de l’objectif de PDV peuvent affecter la précision de la MAP. Je vérifie également la pertinence de l’objectif de visée à l’infini qui nécessite un léger ajustement. Je le fais au jugé sur le dépoli à l’aide la loupe et un stigmomètre en visant une antenne de TV très lointaine. Je bloque l’objectif à l’aide de la vis de serrage.

On observe les encoches de la partie arrière, à droite, pour en faciliter la dépose avec des brucelles.
Une fois l’objectif nettoyé, on voit les effets de la délamination des deux lentilles du bloc avant sous l’indication « mm ». En dessous, il s’agit de la détérioration du traitement de surface. L’objectif du boîtier dont l’obturateur est en panne est en excellent état.
Partie gauche de l’image, les deux éléments avant et arrière du SA 99 à 4 lentilles. On remarque que les reflets sont réduits par rapport au HAIOU 31 à droite.

A titre anecdotique, j’ai tenté de monter un Berthiot de Semflex sur l’obturateur car il se trouve que j’ai un objectif en parfait état. Ca ne fonctionne pas pour l’élément arrière. Je n’ai pas essayé avec un Xénar ou un Tessar de Rolleiflex.

La « carrosserie » du boîtier sur lequel je récupère l’obturateur est vraiment sale. Le revêtement se décolle et se retracte la colle néoprène séchant. A terme, il faudra le changer. Pour bien nettoyer tout ce qui n’est pas optique, j’utilise une solution d’eau additionnée de 5% d’ammoniaque.

Cet appareil est très sale.
Le revêtement arrière s’est décollé et sa remise en place est compromise car il a rétréci. Il me servira pour la façade.

Le sac est de bonne facture. Il existe deux modèles pour le 4A, un à abattant fixe, l’autre dont l’abattant est amovible grace à deux gros boutons pressions. Il est mieux réalisé et mieux cousu que celui des Rolleiflex, en cuir moins épais. Très sale, je l’ai nettoyé avec une solution d’eau à 5% d’ammoniaque, puis un coup de cirage en améliore l’aspect.

La courroie se fixe à l’aide de griffes spécifiques Seagull. Celles des Rolleiflex ne conviennent pas. Celle-ci a été faite à partir d’une courroie pour volet roulant l’originale étant « pourrie ».

A gauche, le sac Seagull nettoyé, à droite le sac Rolleicord.

En définitive qu’ai je fait pour remettre en état mon Seagull ?

Nettoyage général: dépoli, miroir, optique de visée, chambre noire et chambre de visée, etc,

Remplacement de l’obturateur, vérification de la justesse des vitesses et du retardateur et changement de l’objectif,

Réparation de la table de PDC,

Réglage de la mise au point avec l’objectif de visée et contrôle de la mise au point de l’objectif de prise de vue,

Vérification du déclenchement du flash.

Diverses vérifications et nettoyage cosmétique.

Il me reste à reprendre le revêtement et à envisager le changement du dépoli.

En haut à gauche de la platine avant on voit un trou ovale car sur certains 4B ce trou est destiné à recevoir le connecteur de flash.

Avec le revêtement, il a meilleure allure. Je l’ai découpé au X-Acto dans le revêtement du dos du « donneur » montré plus haut.

(1) L’obturateur HS

Le principal symptôme de la panne de cet obturateur est le dérèglement des vitesses. Si du 1/30 ème au 1/300 ème elles semblent correctes, en dessous c’est curieux. La pose B donne environ 1/4 de seconde, la seconde correspond à 1/2 seconde et le comble, la seconde est atteinte au 1/15 ème de seconde ! J’ai ausculté et remis en état pas mal d’obturateurs, des Prontor, des Compur, des Orec, des ATOMS, un Epsilon….je n’ai jamais rencontré cela sauf sur un Royer qui donnait des vitesses aléatoires. En général dans 9 cas sur 10, les obturateurs ont des soucis de vitesses lentes et de retardateurs du fait de leur inactivité depuis des décennies. Les mécanismes se figent sous l’effet d’une légère oxydation. On y remédie facilement en lubrifiant les engrenages à dose homéopathique. Là, je ne comprends pas car tout semble fonctionner sans oxydation même le mécanisme des vitesses lentes (mais pas à la bonne sélection) et le retardateur. Après plusieurs auscultations et ouvertures du mécanisme je penche pour, soit une pièce faussée, soit un ressort inopérant, soit un élément étranger coincé, soit une pièce absente, l’obturateur ayant probablement été ouvert, vu la perte sans incidence sur l’obturation de la vis de blocage de la couronne d’ouverture. Je le mets en attente – ou en stock – si un élément de l’autre défaille en particulier, une lame d’obturateur par exemple ou si j’en trouve un en état pour remonter un appareil complet.

(2) Réparation de la table de profondeur de champ (PDC).

Dans la grosse molette de MAP, on desserre avec les doigts la couronne noire crénelée qui retient la plaque transparente. On enlève ensuite une couronne noire en plastique en s’aidant de brucelles pointues. On dépose la couronne des distances, la plaque centrale où figurent les diaphragmes, puis enfin une rondelle de papier cartonnée rose. On va remonter le tout en prenant soin de respecter l’ordre de montage. Avant, on nettoie bien les pièces avec un sopalin et sous la rondelle des distances on colle à la colle blanche à bois une rondelle de papier (épaisseur d’une carte de visite). On règle la grosse molette de MAP à l’infini. On colle la rondelle rose sur l’axe noir comme indiqué sur la photo n°3 et 4 en prenant soin de placer le trait rouge à la verticale. Ensuite on colle dessus la rondelle des diaphragmes. On laisse sécher 2 à 3 heures. Sous la rondelle des distances on colle à la colle blanche à bois une rondelle de papier (120 gr) et on colle l’ensemble au fond de la grosse molette de MAP. L’index de l’infini doit être en face du trait rouge comme on le voit sur les photos.

Sites de restauration de Seagull:

https://johnzzhang.github.io/posts/seagull-repair/seagull-repair/

Un petit mot en guise de conclusion

Cet appareil est un appareil d’initiation de qualité, plus abordable que d’autres concurrents, Yashica, Rolleiflex dont les tarifs atteignent des sommets stradivariens… Sur flickr, vous trouverez des exemples de clichés faits avec des Seagull. Vous constaterez que les images sont de bonne qualité. Quel tarif ? Il y en a à tous les prix précisant que parfois ceux-ci sont supérieurs à 300 euros, transport non compris. Non, rien ne justifie un tel investissement. Se vendent-ils ? En tous cas ils restent souvent à l’étalage du web sur un site bien connu. J’estime qu’un 4B fonctionnel ne doit pas se négocier au delà de 60 euros et un 4A au delà de 100 euros car malgré leurs qualités il n’ont ni durabilité d’un Rolleiflex, ni les qualités générales. Ils peuvent souffrir d’un défaut. Lors de la transaction, on s’attachera notamment à vérifier que l’objectif est clean, sans les défauts que j’ai mentionnés plus haut, que l’obturateur fonctionne à toutes les vitesses – ce qui n’est pas toujours précisé dans les annonces – et que, s’il y a des réparations à faire, celles-ci sont à votre portée. On se méfiera des appareils au viseur ou à la façade cabossée. Si cet appareil vous intéresse et que vous en trouvez un à un bon tarif, bonnes photos.

LE DERNIER ESPADON, aventures de Blake et Mortimer

Après La Vallée des Immortels en deux tomes, parait maintenant Le Dernier Espadon dans la série inaugurée par Edgard P. Jacobs.

Jean Van Hamme est l’auteur du scénario et les dessins sont de Teun Berserik et Peter Van Dongen qui a un nom prédestiné pour être le coloriste. Le scénariste est bien connu de la série qu’il abandonne parfois, tandis que les dessinateurs n’ont à leur actif dans cette série que les deux tomes de la Vallée des Immortels.

L’histoire se déroule en janvier 1948 et elle reprend les thèmes de fiction qui fondent la série ainsi que le climat géo-politique des années d’après guerre avec le Professeur Mortimer grand scientifique et le « capitaine » Blake dont on apprend que le titre de capitaine est destiné à cacher son vrai grade.

C’est un bon volume, scénarisé avec clarté, sans confusion possible. Les tours de passe passe et les postiches sont un peu gros pour parvenir à l’épilogue mais cela ravit les inconditionnels de la série.

Un gros travail a été mené sur le dessin qui est précis avec une grande richesse de portraits qui évitent les confusions, des lieux représentés avec vraisemblance et une coloration adaptée sans exagération comme on a pu le voir dans des volumes précédents. Blake et Mortimer ont des physionomies stabilisées, tout comme l’ineffable colonel Olrik. Les intérieurs des maisons et autres lieux sont particulièrement réalistes et fouillés. La féminité est peu présente dans ce volume, hormis….

Vous m’avez compris, je recommande ce énième ouvrage car tout contribue à une lecture dévorante et agréable.

Aux Editions BLAKE ET MORTIMER.

A mettre dans la hotte du père Noël.

Les lecteurs qui seraient intéressés par mes commentaires sur d’autres volumes de Blake et Mortimer peuvent y accéder en revenant sur la page principale de mon blog et en cliquant sur la catégorie « Blake et Mortimer ».

Le MEOPTA Flexaret est-il un bon choix ?

Un Flexaret VI doté d’un obturateur au 1/500 ème.

Un peu d’histoire

Parmi les appareils photo réflex à deux objectifs, il existe des appareils tchécoslovaques fabriqués par MEOPTA, les FLEXARET. Meopta fut une firme importante reconnue dans le monde de l’optique, de la photo, qui produisit une gamme de matériels immense. J’ai acheté un Flexaret il y a quelques années, obturateur et retardateur bloqué, dépoli sale sur les deux faces et miroir piqué. Le revêtement extérieur se décollait. Je me suis mis en tête de le remettre à niveau et de le nettoyer. Si sur un ROLLEIFLEX, un YASHICA ou un SEAGULL, rien n’est impossible, avec un FLEXARET c’est une autre paire de manches.

Un petit rappel. Ce ne furent pas des concurrents des ROLLEIFLEX car ils étaient essentiellement destinés aux marchés de l’est où ils n’avaient qu’un très modeste rival, le LUBITEL. Ils furent importés chez nous en faible quantité. Le seul appareil comparable chez Rollei est le Rolleicord sans armement couplé à l’avance du film.

Ces appareils sont d’une conception curieuse avec un levier de mise au point qui règle la distance sous l’objectif de prise de vue, contrairement à l’architecture classique des TLR le plus souvent équipés d’une molette latérale. L’AUTOCORD de MINOLTA, le FLEXORA et le ROYFLEX reprennent ce dispositif. Les obturateurs sont de bonne qualité ainsi que l’optique BELAR de 80mm à 4 lentilles. Ils ont des temps de pose allant jusqu’au 1/ 400 ème sur les FLEXARET V et  VI et 1/500 ème sur le FLEXARET VI et VII. Les modèles précédents avaient un obturateur limité au 1/300 ème. Ils sont de dénomination variable, Metax, Prontor SVS ou Pentacon Prestor RVS, pour les plus nombreux. Le viseur ne se démonte pas « par en haut » mais en déposant la façade. En matière de révision ou de réparation c’est un gros handicap. Comme pour tous les appareils anciens qui n’ont pas servi depuis des lustres, il arrive que les vitesses lentes ne fonctionnent plus, tout comme le retardateur. Un nettoyage est indispensable ainsi qu’une lubrification appropriée des engrenages grippés.

Un site bien documenté sur les Flexaret: http://ebgy.free.fr/photo/flexaret.htm

Points forts:

Des obturateurs fiables, parfois atteignant le 1/500 ème, et de bons objectifs notamment le Belar qui est constitué de 4 lentilles, équipent les Flexaret. On peut obtenir de bons résultats surtout en noir et blanc.

La chambre noire est constituée de chicanes afin de réduire les reflets sur les clichés. C’est un bon point.

Points faibles:

Ces appareils n’ont aucun système de correction de la parallaxe contrairement aux ROLLEIFLEX et à certains SEAGULL et la monture des filtres est spécifique à MEOPTA. On peut utiliser des filtres à emboîtement de 40mm qui ne sont pas facile à trouver. A tout le moins un paresoleil est indispensable. Le dos s’ouvre par en haut comme sur les Autocord et les Ikoflex. Enfin, le dépoli est grossier et un nouveau dépoli même basique d’origine chinoise apporte un réel agrément. Autre léger inconvénient, il est équipé d’un système de réglage débrayable des valeurs de diaphragme et de vitesses par indices de lumination. J’ai déjà critiqué ce système contraignant à propos de certains modèles Rolleiflex en particulier le T.

Les FLEXARET commencent à dater (les plus anciens ont 70 ans ) et ils ont souvent mal vieilli. Or l’ennui avec eux est que, d’une part, leur révision n’est pas à la portée du premier venu en raison d’une conception complexe et que, d’autre part, les pièces de rechange sont inexistantes en particulier le miroir qui ne résiste pas au temps. L’accès à l’obturateur nécessite de dévisser la bague interne parfois bloquée avec une vis selon les modèles. Mais pour nettoyer le dépoli et le miroir il faut déposer la façade avant solidaire de la platine de mise au point. Or dans 9 cas sur 10 le miroir est piqué. On s’en rend compte simplement en plaçant l’oeil devant l’objectif de visée. Donc avant tout achat, s’assurer que ce miroir (65x55x1,2) n’est pas piqué et que l’obturateur fonctionne correctement sinon vous vous exposez à de sérieuses remises en état. Avec beaucoup de chance, j’ai remplacé le mien par un miroir découpé avec soin dans un miroir de rétroprojecteur HS. La surface réfléchissante doit être dessus et non dessous comme dans un miroir de salle de bains. Voici le miroir piqué, quasi transparent:

Le dépoli est granuleux, un des pires que j’ai vus. Si sur d’autres appareils comme les Rolleiflex, on peut se passer du remplacement, par contre sur le Flexaret c’est indispensable. Rick Oleson indique sur FLICKR comment déposer la cage de prise de vue pour remplacer le dépoli qui mesure 53 x 62 x 1,1. Sur le moteur de recherche FLICKR, tapez « Rick Oleson flexaret ». Nul doute que ce changement améliorera la visée. On trouve des dépolis chinois sur un grand site marchand qui, sans atteindre la qualité des meilleurs, permettent d’améliorer la visée à 25 euros. Je joins les coordonnées d’une page où le démontage du FLEXARET est expliqué.

https://www.suaudeau.eu/memo/rep/Reparation_d%27un_Flexaret_VI_Automat.html

Voici mon Flexaret remis à niveau (obturateur fonctionnel, changement de miroir…) hormis le revêtement.

En conclusion, un achat de Flexaret est risqué malgré ses qualités photographiques indéniables. Avant de rédiger cet article, j’ai fait le tour des sites marchands bien connus. Beaucoup d’appareils présentent des défauts avoués ou non à plus de 180/250 €. Privilégiez un investissement dans une fourchette raisonnée et assurez-vous au moins que le miroir n’est pas piqué et que l’obturateur fonctionne parfaitement. Si ces conditions sont réunies, le Flexaret vous permettra de prendre de bons clichés. Une amélioration sérieuse à mener lors du nettoyage de la cage de visée consiste à changer le dépoli par un plus clair pour avoir une visée précise. Autrement dit, ne vous mettez pas en tête de rechercher à tout prix cet appareil mais si vous en trouvez un en parfait état de fonctionnement sautez le pas si le prix est compatible avec votre trésorerie. Bonne chance.

Site consacré aux Flexaret: http://www.novacon.com.br/odditycameras/flexaretorder.htm

Les accessoires utiles pour les Rolleiflex

Dans cet article :

https://mlmpages.wordpress.com/2017/12/10/acheter-un-rolleiflex-que-faut-il-examiner/

je détaillais quelques accessoires du Rolleiflex.

Je tente de répondre ici à la question de savoir quels sont les accessoires indispensables du Rolleiflex. Chacun pourra se reporter aux brochures éditées par Rollei, par exemple celle-ci:

Transport et protection

Pour le protéger, le sac toujours prêt Rolleiflex et sa courroie évitent les chocs. Il est préférable de ne pas stocker l’appareil dedans surtout si l’atmosphère de la pièce est sujette à des variations hygrométriques. Un petit fourre tout convient également. Si vous n’en disposez pas, on trouve des sacs pour Rolleiflex non d’origine, entre 50 et 60€. Ce sont des pochettes made in China, bien adaptées.

En usage extérieur, le paresoleil, disponible pour les trois dimensions de baïonnette, évite des reflets sur les lentilles de l’objectif de prise de vue et les négatifs présenteront moins de taches. Il se fixe sur l’extérieur de la baïonnette ce qui permet de l’utiliser en même temps qu’un filtre. Il en existe des génériques made in China mais le puriste recherchera un paresoleil Rolleiflex à partir de 20€. Pour le modèle ouvrant à f2,8 Rollei proposait un paresoleil soit en métal, soit en caoutchouc repliable.

Déjà avec ces deux éléments le boîtier basique est bien amélioré.

Un Rolleiflex dans son étui, un paresoleil et deux petits étuis, pour filtre et Rolleinar.

Les filtres

Je rappelle que tous les filtres et les paresoleils existent en trois montures, BAI I, BAI II et BAI III. Les filtres se montent dans l’intérieur de la baïonnette. La plupart ont été produits par Rollei – ils ont l’avantage d’être traités ce qui limite les reflets parasites – mais il existe des Genaco, Eurofiltre, etc.

Le Rolleiflex, grâce à des objectifs traités, vous permettra de prendre des clichés de qualité sans filtre. Toutefois il est utile de compléter cet équipement avec deux ou trois filtres colorés pour le noir et blanc, comme un filtre jaune (clair ou moyen) et/ou un filtre orange qui accentue les contrastes. En bas d’article, je joins un document Rolleiflex sur lequel l’usage des filtres est précisé. Les filtres de conversion de couleur prévus pour l’usage d’un film couleur « lumière artificielle » en « lumière du jour » et vice versa sont inutiles de nos jours en raison de l’évolution des films et de la qualité de l’éclair des flashs. Ils n’ont de valeur que pour les collectionneurs. Oubliez-les.

Deux autres filtres présentent une relative utilité c’est le filtre polarisant Rolleipol et le filtre rouge. En photographie noir et blanc et couleur, le Rolleipol élimine les reflets gênants et sature les couleurs. Un temps, l’usage d’un polarisant fut vantée par les photographes américains. Le filtre rouge accentue les contrastes créant en noir et blanc un effet nocturne. Ils sont difficiles à trouver, le Rolleipol traversant mal les décennies du fait de sa structure en sandwich qui a tendance à se délaminer et le filtre rouge est peu courant.

Filtre polarisant et filtre rouge en BAI 2. On fixe le Rolleipol sur l’objectif de visée pour rechercher l’effet d’atténuation des reflets. Une fois obtenu, on note la valeur sélectonnée, par exemple 18, et on place le Rolleipol avec cette valeur sur l’objectif de prise de vue.

L’utilisation des filtres oblige à corriger l’exposition théorique pour compenser la diminution de lumière. Le facteur de correction en indice de lumination est indiqué sur le filtre, par exemple – 2. Voir en fin d’article comment procéder.

En haut à gauche, un étui pour l’équipement représenté sur la photo, Rolleinar 1 et 2, filtres vert, orange, jaune clair, rouge, paresoleil et filtre anti-UV le tout en monture BAI. Le même type d’étui existait en trois dimensions. Il existe également (ci-sdessous) des étuis pour deux filtres plus le paresoleil et des étuis pour un filtre, ces derniers pouvant être attachés à la courroie de l’appareil contrairement au « gros » étui.

Rolleiflex a eu l’excellente idée de produire des filtres spéciaux dits « Rolleisoft » en deux graduations 0 et 1 pour adoucir la netteté des portraits. Ils sont rares en occasion.

Fixation et déclenchement

En fonction de vos besoins ergonomiques et photographiques vous pourrez compléter votre équipement.

Le Rolleifix est un dispositif pour fixer rapidement et solidement le Rolleiflex ou le Rolleicord sur un trépied. Il n’y a eu qu’un modèle. De mon point de vue, c’est un accessoire presque indispensable car le Rolleiflex est bien tenu et cela évite de desserrer l’écrou de fixation du trépied. Sur une face, il comporte deux ergots de fixation et une platine de blocage, sur l’autre, un pas de vis femelle 3/8 éventuellement 1/4 avec une réduction comme sur la photo pour la fixation sur la rotule. Il peut rester à demeure sur la rotule du trépied pour ceux qui font des photos en studio.

J’ai équipé le Rolleiflex d’un bouton vissant sur le déclencheur. Celui-ci est de fabrication ancienne mais on en trouve des neufs à petit prix.

La poignée Pistol hand grip.

Cette poignée a un mode de fixation analogue au Rolleifix dont elle reprend une partie du mécanisme. La longueur du déclencheur se règle avec la grosse vis moletée. Le poussoir doit dépasser de deux à trois millimètres. Faites un test sans film pour régler avec justesse la molette du déclencheur. On trouve des déclencheurs neufs de 25 cm pour remplacer l’absent. Il y a un ergot de blocage du déclencheur pour éviter déclencher sans raisons. En dépit de l’encombrement, il est pratique d’utiliser son Rollei avec, mais sans le sac. Peu visible sur la photo inférieure, le grip comporte un méplat sur lequel se visse une vis destinée à fixer une barrette pour flash. La dragonne et le déclencheur Rolleiflex sont souvent absents des poignées qu’on trouve en occasion.

Une mention particulière pour les Rolleicord. L’emplacement du déclencheur est différent de ceux des Rolleiflex et moins maniable. Rollei ( à moins que cela ne provienne d’une autre origine) équipait les Rolleicord IV et V d’un petit accessoire de déclenchement particulièrement bien adapté pour faciliter le déclenchement. Il se fixe à l’emplacement du déclencheur souple. Cet accessoire est vendu très cher sur le WEB, autour de 70€. J’ai trouvé le mien dans une brocante pour 50 centimes. Au lieu de basculer vers la gauche le déclencheur qui se situe sur la photo ci-dessous sous le W de Braunschweig, on appuie sur le déclencheur ajouté vers le haut.

Voici le déclencheur sorti de son logement. Celui-ci est un peu piqué par l’oxydation mais il est fonctionnel. Il est prudent de l’huiler légèrement. On peut l’utiliser sur d’autres appareils.

Proxi photo

Pour photographier de près, entre un mètre et 24 centimètres, Rolleiflex a prévu les bonnettes Rolleinar. Il existe trois graduations correspondant à la distance de mise au point et trois types de baïonnette. Je renvoie à cette page du web où les distances d’utilisation sont indiquées :

https://tlr66.org/tlr66rolleinar.php

De mon point de vue, la bonnette Rolleinar 3 n’est pas adaptée à un sujet géométrique (texte, image…) en raison des déformations dues à la formule optique obtenue. Disposer du Rolleinar 1 permet déjà de photographier de 1 mètre à 45 cm pour tous les Rolleiflex courants équipés d’objectifs de 75 ou 80 mm de focale.

A noter que la construction de ces bonnettes a évolué. Les anciennes comportent trois éléments, deux éléments « loupes » de puissance identique à placer sur chaque objectif. L’autre élément à placer sur le viseur est un prisme correcteur de parallaxe. Plus tard Rollei a uni les éléments destinés à se placer sur l’objectif de visée. Pour comprendre les questions de parallaxe:

Rolleiflex 3,5 C équipé de lentilles Rolleinar 1. La lentille fixée sur l’objectif de visée est plus grosse que l’autre car elle comporte un prisme destiné à faire coïncider l’image du dépoli et l’image de prise de vue.

Le Rolleikin

Il existe un dispositif pour installer des pellicules de 35 mm dans le Rolleiflex, appelé Rolleikin. Toutefois ce système ingénieux et simple d’emploi réduit la surface d’enregistrement de l’image de 56mm x56mm (31 cm carrés) à 24mmx36mm (8,6 cm carrés). . Ceci correspond grosso modo à l’équivalent d’un téléobjectif de 135 mm. Le Rolleikin vous limitera dans tous les cas où un angle de prise de vue normal est nécessaire notamment en paysage ou pour des photos de groupe. Nativement, il donne une image verticale. Il fut souvent utilisé par les photographes scolaires pour des séries de portraits en couleur car le film 35 mm était plus économique. Bien penser à otre type d’utilisation avant de vous ruer sur un Rolleikin.

Film positionné
Compteur 36 poses. Après chaque photo appuyer un coup.
Les cales de la bobine débitrice
Le cadre intérieur et le rouleau récepteur
Plaque presse film ajustée au format 24×36

Les Mutar

Rollei créa des compléments optiques afin de modifier l’angle de prise de vue originel. Deux compléments étaient disponibles, le 0,7 qui transformait un Tessar 75 mm en 53 mm et le 1,5 qui portait la focale à 108 mm. Des bagues existaient pour les différentes montures. Ces compléments fort rares sont chers, vendus aussi chers qu’un boitier. Je les conseille d’autant moins que leurs performances n’égalent pas ce qu’on peut obtenir d’un objectif conçu initialement pour les focales obtenues, dans mon exemple 53 et 108 mm.

On trouve aussi des compléments Yashica, Sun, Spiratone… en BAI I. Ils sont également adaptables sur les Yashica, Minolta autocord etc. Ils ont l’avantage d’être plus abordables mais pas plus performants.

Il existe encore d’autres accessoires comme le prisme qui s’installe sur les boitiers qui sont équipés d’un viseur amovible pour viser à hauteur d’oeil. Oubliez la cellule qui se fixe sur l’objectif en BAI I. Rolleiflex produisit un accessoire dit Rolleimeter qui comporte un télémètre pour la mise au point. Il est décliné en plusieurs versions qui s’adaptent sur la plupart des appareils. On peut s’en passer. La lecture du catalogue d’accessoires montre d’autres accessoires à l’utilité encore plus limitée. .

Les bouchons

Comment effectuer la correction du couple vitesse/diaphragme. Lorsque, sans changer la vitesse vous diminuez le diaphragme d’une valeur (par exemple de f8 à f5,6) l’EV diminue d’une valeur. Si vous tenez à conserver la même valeur de diaphragme, c’est en diminuant la vitesse d’un cran (par exemple 1/125 ème de seconde au lieu de 1/250 ème) que vous diminuez l’EV d’une valeur. Et ainsi de suite pour deux valeurs.

A suivre….

La balance des blancs chez Nikon

Ces deux images JPG ont été réalisées à 5 minutes d’intervalle. Je les ai juxtaposées pour montrer la faiblesse du réglage de la balance des blancs automatique chez Nikon des boîtiers FX, ici un D600. Elles n’ont pas été modifiées par un logiciel, elles sont brutes de décoffrage.
Il a suffi que je me tourne de 60 degrés, à quelques minutes d’intervalle, pour que le rendu de la photo de gauche change complètement. La BDB dans les deux cas est réglée sur Automatique B1 donc avec une légère accentuation vers le bleu.
J’avais déjà fait ce constat avec un Coolpix 8400 mais à l’époque je pensais que c’était relativement normal. Plusieurs années après la sortie du 8400 l’anomalie demeure. Dans les deux cas, les images JPG ne sont pas agréables, à gauche le vert est cru, à droite il y a cette dominante jaune assez constante chez Nikon, en tout cas avec D600/700/800. C’est inexploitable pour du bon boulot. Il semble que Nikon persiste dans cette gestion de la couleur verte. Je fais observer que mon Pentax K5 réglé sur la balance des blancs automatique ne produit pas de tels écarts pas plus qu’un ancien Panasonic LX5.

Un post traitement est indispensable pour corriger les excès de cette dérive bien que ça alourdisse le stockage. En effet, pour plus de commodité, je sauvegarde le cliché, en NEF(RAW) + JPEG FINE Menu « prise de vue » qualité d’image. Je ne conserve ensuite que celui qui me procure l’image la plus vraisemblable.

ENOSA, une marque de matériels optiques espagnole (Empresa nacional de optica SA)

A l’occasion de mes recherches sur les microscopes, j’ai trouvé des matériels espagnols de la marque ENOSA. J’ai cherché à en savoir un peu plus, m’intéressant à la fois aux microscopes et à l’Espagne. Malheureusement je n’ai pas trouvé de documents reproductibles sur les productions de cette marque, ce qui est frustrant pour le lecteur de cet article. J’essaie autant que possible de donner une description. Les sites de vente en ligne proposent parfois ces matériels à la vente. Si des lecteurs possèdent des documents, catalogues, photos peuvent-ils me les communiquer afin d’illustrer cet article? Si vous cherchez dans Google, Enosa dans la catégorie « images » vous aurez certains des produits fabriqués.

Dans l’Espagne des années 40, on manquait de tout ou presque tout. Le pays avait été dévasté, ruiné par la guerre appelé « contienda » et le régime peinait à satisfaire tous les besoins, logistiques, alimentaires, médicaux, sociaux etc qui étaient immenses. La préoccupation majeure fut de poser les bases d’une reconstruction profonde en prenant comme principe la nécessité de développer l’économie sans faire appel à l’étranger qui feraient fondre les maigres disponibilités de trésorerie, l’essentiel de l’or ayant été déposé en URSS par la République espagnole sans espoir de retour. Rien ne devait être importé sauf nécessité absolue ou indisponibilité sur le marché espagnol. De plus, beaucoup de cerveaux et de cadres avaient fui à l’étranger, en France ou en Amérique latine. Toutefois, en raison du fait que l’Europe elle-même était engagée dans la seconde guerre mondiale, l’Espagne dut attendre que la paix soit revenue pour entamer sa reconquête économique avec des résultats probants.

Le pays ne partait pas de zéro en raison de la présence d’une industrialisation ancienne et d’un artisanat florissant mais archaïque. L’Espagne savait fabriquer par exemple, des locomotives, des avions, des camions, des bateaux, des armes, du ciment… Dans d’autres domaines, soit la guerre avait anéanti les usines et les ateliers, soit il n’y avait rien du tout avant la guerre civile.

Le domaine scientifique, enseignement, recherche et production était particulièrement sinistré.

Dans ce contexte de reconquête, l’Etat espagnol mit en place un grand établissement chargé de promouvoir et de financer le développement du pays. Il s’agit de l’INI, Institut national pour l’industrie  qui dessina dès 1941 l’architecture de la future industrialisation de l’Espagne dans divers domaines. Cet organisme ne fut dissout qu’en 1995. L’idée était simple, moderniser le pays sans dépendre de l’étranger, développer le tourisme et utiliser les devises pour les biens et les équipements dont l’Espagne ne disposait pas à commencer par le pétrole et les produits de haute technologie.

Parmi la vingtaine de groupes qui fut créée pour lancer concrètement l’industrialisation du pays, le groupe ENOSA fut chargé de mettre en place des appareils optiques et scientifiques à destination de l’enseignement, la médecine, la recherche, l’armée et accessoirement le loisir. Il fut créé en 1950.

Pour ce faire, ENOSA partait de zéro. Il n’y avait aucune antériorité dans ce domaine en Espagne, tant sur le plan productif que des ressources humaines. Grâce aux moyens de l’INI la collaboration de  Zeiss fut sollicité pour gagner du temps. La contrepartie était de ne pas utiliser les brevets pour l’exportation. ENOSA était implantée à Madrid, au 91 de l’Avenida San Luis, à l’époque à la périphérie nord-est de Madrid maintenant incluse dans l’agglomération entre Chamartin et Barajas. La production fit appel à du matériel étranger acquis grâce aux subventions importantes accordées à l’entreprise. Enfin, en 1954 , les premiers matériels optiques furent livrés. Pour s’assurer des commandes importantes et rendre l’entreprise viable, l’ Etat espagnol agit en deux directions. Il transféra les activités de production d’un centre de recherche optique le LYTIEMA à ENOSA dans le secteur de l’équipement optique militaire. Ensuite, la production de microscopes et de documents scientifiques fut mise en synergie avec les programmes d’enseignement.

Production de microscopes

Les premières années se caractérisent par la production de microscopes d’inspiration Zeiss des années 30. Ces matériels sont noirs à l’instar des Zeiss de la même époque. Le premier fut un modèle simple à colonne inclinable et réglable, proposé avec éclairage électrique adaptable à installer dans le pied en V. Il y eut plusieurs modèles mais celui qui porte la référence EN 04 50 02 est équipé d’une tête avec trois objectifs ENOSA de x 10, 25 et 40 et de deux oculaires de 5 et 10. On peut le compléter avec un objectif de 100 en option. Il a une table micrométrique. Il ressemble au microscope monoculaire BBT de chez Krauss ou à des Zeiss des années 20/30. C’est un très bel appareil complet et performant pour l’époque.  On le trouvera ici : http://museocnlluisvives.blogspot.com/2013/06/microscopio-petrografico-enosa.html

Ainsi qu’un autre :

http://museocnlluisvives.blogspot.com/2013/05/microscopio-biologico-enosa.html

(1)

Parallèlement, ENOSA propose une loupe binoculaire 20×12 à destination des scientifiques, des orfèvres etc. Cette loupe changera d’aspect mais restera longtemps en production. La firme produisit également bon nombre de loupes de poche. Du côté des microscopes un modèle simplifié, gris clair, dit modèle P 45 ( parfois RD45) apparut vers les années 70 pour les étudiants avec oculaires x5 et x10 et un objectif de 10. Il a la particularité d’avoir son bâti incliné pour faciliter la vision par une personne assise. https://sites.google.com/site/coleccionguillermocrovetto/home/otros/enosa

Par la suite, les modèles sophistiqués prirent la couleur « beurre frais » avec un design faisant penser aux Paralux contemporains. Ils eurent une tourelle prévue pour 4 objectifs, avec ou sans condensateur. Enfin, un microscope binoculaire fut au catalogue.

ENOSA produisit plusieurs modèles de jumelles (prismaticos) de bonne qualité dans les puissances courantes pour le grand public et les professionnels, marins, militaires etc.:

MINAR 4×15

MEDIMAR 6X30

MEDIGON 8X30

ALHAMBRA 8X30

LUMINAR 8X40

LUREMAR 7X50

Des jumelles de vision nocturne (GNV 401) pour l’armée.

En plus des jumelles, la marque produisit également divers appareils de visée (comme des lunettes pour fusil militaire ou de chasse) et des télémètres pour l’artillerie pour équiper l’armée espagnole et qui se vendirent également à l’exportation.

Dans le domaine de la projection, ENOSA fabriqua un rétroprojecteur et plusieurs projecteurs de diapositives, le modèle « EOS 300 » pour les films en bande 35 mm et les diapositives 24×36 (une sorte de copie des ROB français), le modèle « 50 » ultra simplifié et de petite taille et enfin le « Granada » moderne mais à chargement manuel sans panier mais avec un ingénieux système rotatif de mise en place de diapositives.

Un sextant, un microtome à main pour prélever des échantillons de tissu animal ou végétal, des lecteurs de microfiches, un pied à coulisse, un théodolite simplifié pour l’agriculture furent également produits.  

L’entreprise accompagna l’enseignement avec la vente de documents papier, des cahiers pédagogiques pour les expériences d’optique, de physique, de métrologie, des films 35 mm en bande pour les projecteurs précités, des diapositives correspondant aux programmes des enseignements scientifiques à la manière du SEVPEN ici en France. De même, des préparations histologiques étaient au catalogue pour être utilisées dans les microscopes ainsi que des maquettes d’organes humains.

A ma connaissance, ENOSA ne produisit jamais de verres pour les lunettes, celles-ci étant fabriquées presque exclusivement par la firme espagnole INDO.

Malheureusement  la viabilité économique d’ENOSA ne fut jamais excellente souvent portée par des commandes officielles et des vicissitudes économiques sérieuses apparurent dans les années 90 à un moment où les produits étrangers entraient plus facilement dans une Espagne plus riche et plus exigeante. Ceci  entraina  l’arrêt de nombreuses productions et un changement de la politique productive. L’entreprise fut intégrée dans le groupe INISEL et une série de fusions, prises de participation etc, s’abattit sur ce secteur, très loin des microscopes.

(1) Autres marques de microscopes disparues, PZO en Pologne, MEOPTA en Tchécoslovaquie, GALILEO en Italie, BIOLAM ex URSS, LEMARDELEY et NACHET en France, etc.