Le Minolta Autocord, sauvetage.

Pour occuper les journées d’hiver, je reprends mes outils d’iconomécanophile.

L’occasion m’a été donnée de sortir un Minolta Autocord de sa torpeur. Il s’agit d’un modèle sans cellule incorporé, un Autocord MXV 2 doté d’un obturateur Citizen des années 50 dont l’obturateur plafonne au 1/400 ème de seconde. Le vendeur déclarait que l’obturateur était bloqué et que la chambre de visée était noire (!).Vu le prix, j’ai pris le risque de me lancer dans sa réparation. Autrement je n’aurai probablement jamais acquis un Autocord, dont les tarifs sont surestimés. Cet appareil est devenu avec le temps un objet de fantasmes aux yeux de certains qui me semblent exagérés eu égard à des prestations qui n’ont rien d’exceptionnel. Du reste il est assez courant de lire les qualités légendaires de tel ou tel objectif ou appareil photo alors que le temps et les évolutions ont fait leur oeuvre.

Un peu d’histoire:

L’histoire des réflex Minolta à deux objectifs est ancienne, le premier appareil connu étant le Minoltaflex, sorti en 1936, avec l’avancement du film à la lucarne, comme les premiers Rolleicord, doté d’un obturateur au 1/300 ème de seconde et d’un objectif Promar dont la structure est de type Tessar. L’appareil va être amélioré avec les modèles II (1950) et III (1954) équipé d’un obturateur au 1/500 ème très voisin du compur de l’époque et d’un objectif Rokkor à quatre lentilles. Le modèle III dispose de la baïonnette I et de l’avancement du film sans lucarne comme sur les Rolleicord des dernières séries. Parallèlement de 1939 à 1943, Minolta produisit le Minolta Automat, avec armement couplé à l’avancement du film, à l’instar du Rolleiflex.

Avec le Minoltacord, appareil sorti en 1955, Minolta change radicalement l’architecture de l’appareil. La mise au point se fait maintenant grâce à un levier placé sous le bloc optique qui actionne une hélicoïdale comme sur les Ricoh, les Flexaret et le Royer français. Minolta a préféré cette conception sans doute par volonté de simplifier la construction. Le chargement du film est inversé, la bobine réceptrice entrainée par la manivelle est placée en bas du boîtier et la fermeture du dos se fait en haut, là aussi comme sur le Flexaret. L’appareil gardera cette configuration jusqu’à la fin de la production dans les années 60. Il deviendra un peu plus tard l’Autocord avec plusieurs versions très proches les unes des autres à l’obturateur près, dans un premier temps sans cellule, ensuite avec une cellule au sélénium, puis une cellule CDS dans les derniers modèles. Les cellule ne furent jamais couplées, il est nécessaire de reporter les indications de vitesse et de diaphragme.

Au cours de sa carrière, il fut équipé d’obturateurs divers, Crown, S-Konan, Seikosha, Optiper, Citizen, dont la vitesse d’obturation s’échelonne de 1/300 ème pour les modèles anciens au 1/400 ème ou 1/500 ème pour les modèles les plus récents. On verra plus loin les pannes qui affectent les obturateurs.

Quelques caractéristiques positives et négatives :

  • Certains de ces appareils, les CDS II et III, acceptaient les films 220 pour 24 clichés. Ces films sont maintenant introuvables, comme les piles PX13 qui équipaient les modèles CDS.
  • Les clichés font de 56×56 sans possibilité d’utiliser un autre format comme le 24×36. J’ai appris récemment qu’il a existé un rare adaptateur pour film 127 autorisant des vues au format 4×4. Le dépoli comporte des traits de cadrage pour ce format.
  • L’appareil ne comporte pas un système de correction de la parallaxe contrairement aux Rolleis. Le « Parajuster » Minolta a une utilisation limitée àla correction de la parallaxe pour les gros plans. On verra plus loin comment tenir compte de la parallaxe.
  • La chambre noire est traitée efficacement pour limiter l’impact des reflets avec des chicanes (voir photo ci-après).
  • Tous les appareils ont un objectif de visée ouvert à f3,2 et l’objectif de prise de vue est un 4 lentilles de formule Tessar. A noter que c’est la seule formule optique des objectifs à 4 lentilles reprise par tous les constructeurs ! L’Autocord ne recevra jamais d’optiques sophistiquées comme les Planar et  Xenotar des Rolleiflex.
  • La focale de 75 mm est légèrement plus large que celle d’autres TLR, Rolleiflex, Yashica….
  • Il accepte tous les accessoires optiques des Rolleiflex en BAI 1, paresoleil, filtres et Rolleinar. Aucun souci de ce côté, j’ai vérifié, la compatibilité est totale avec les baïonnettes internes et externes. Les accessoires optiques Minolta sont introuvables à des tarifs corrects, tout comme la tête panoramique à l’usage aléatoire. Pour les panoramiques le numérique c’est mieux.
  • La qualité de fabrication est dans les bons standards de la période. La durabilité est réelle mais les appareils ont souvent besoin d’une révision sérieuse pour les maintenir à niveau. Les anglos-saxons appellent cette opération CLA (Cleaning, lubrication, adjustements). Il est difficile de les faire réparer si un élément est cassé, en particulier le bouton de déplacement de la mise au point mais son entretien courant est aisé.
  • Il pèse 900 grammes soit un peu moins que les Rolleiflex (980 gr) ou les Yashica (1 100gr).

Détail de la chicane de l’Autocord. Un bon point en comparaison d’autres appareils qui en sont dépourvus comme la plupart des Yashica.

Trois TLR aasiatiques avec avancement du film couplé à l’armement, Minolta Autocord, Seagull et Yashica Mat.

Quelques bons sites d’information sur cet appareil :

Le Minolta autocord n’est pas courant en France où il ne fut importé que dans la version avec cellule CDS. Les autres modèles présents en France proviennent de pays voisins ou d’importations individuelles du Japon.

J’ai relevé les prix suivants sur une publicité américaine du début des années 60: un Yashica mat valait 85$, un Minolta Autocord L 124 $, un Autocord comme le mien, sans cellule 99$, un Rolleicord VA 139$, un Rolleiflex Automat 250$ et un 2,8E 350$. Les Minolta étaient placés à un bon niveau de tarif. Malgré cela, leur diffusion a été maigre et il n’ont pas été utilisés par des photographes réputés. Je n’ai relevé que cinq clichés dans Photography Annual sur une quinzaine d’années, ce qui n’a rien à voir avec le millier de clichés publiés et pris avec des Rolleiflex. Bien sûr, on peut se demander pourquoi cet appareil et d’autres n’ont pas été davantage utilisés par des photographes connus. Dans les années 60/80 les Rolleiflex, Leica et Nikon étaient les plus répandus dans Photography Annual.

L’objectif Rokkor:

Les Autocord sont équipés d’un Rokkor à quatre lentilles (formule Tessar) qui a très bonne réputation comme l’original de Zeiss ou les objectifs de même structure comme les Xénar, Skopar, Solinar, Elmar… De fait, la plupart des fabricants reprendont cette formule pour les objectifs des appareils de qualité bien que certains objectifs à trois éléments (triplets), Triotar, Novar, Apotar, Vaskar, etc, donnent des performances voisines. L’image ne présente aucun obscurcissement dans les coins, la netteté est élevée et les images en couleur ont des tonalités équilibrées. Le contraste est correct.
Il connaitra chez Minolta plusieurs versions se distinguant par les traitements de surface ou la composition des verres. Il a succédé au Promar lui aussi de formule Tessar qui a équipé beaucoup d’appareils MINOLTA élaborés des années 50. Le Yashinon monté sur les MAT a également la même formule tout comme les Rolleiflex qu’ils soient équipés d’un Xénar ou d’un Tessar. La qualité de ce Rokkor a fait dire à beaucoup qu’il était supérieur aux Planar et Xénotar. Il n’existe pas à ma connaissance de tests comparatifs des années 60/70 pour confirmer cette affirmation, étant rappelé qu’il y a des différences importantes entre les optiques en fonction du montage et de leur état. Un Rokkor en état et bien réglé est préférable à un Planar altéré. A noter que ce Rokkor comme tous ceux qui relèvent de la même formule comportent deux éléments séparés dans le groupe antérieur ce qui facilite le nettoyage et deux éléments collés dans le groupe postérieur moins exposé aux aléas du temps.

Les iconomécanophiles connaissent l’Autocord pour avoir trois types de pannes:

  • Dans de très nombreux cas, les vitesses lentes sont lymphatiques suite à une inactivité. C’est la maladie des obturateurs centraux à volets, pas spécifique au Minolta. Les Compur, Prontor, Citizen, Copal… sont tous concernés après une longue période de stockage.  La réparation est possible et durable avec une intervention limitée sans démonter totalement l’obturateur.
  • L’hélicoïdale de mise au point est bloquée. La graisse figée s’agglomère à du vert de gris. Ca se répare avec délicatesse mais c’est difficile. Parfois le levier de commande de la mise au point  a été cassé lors du déblocage de la rampe hélicoïdale en forçant. Il existe diverses solutions pour réparer la pièce cassée. Uniquement pour les spécialistes de la micromécanique.
  • Le système d’armement est inopérant et donc, l’obturateur ne peut être déclenché. Pour réparer, il faut dans un premier temps déposer la platine avant et vérifier que la came  actionnée par la manivelle actionne l’armement de l’obturateur. La panne peut aussi être causée par d’autres facteurs. Mon avis de réparateur amateur est que ce peut être mineur ou rédhibitoire notamment si une fausse manœuvre ou une réparation hasardeuse a été effectuée avec une pièce faussée ou perdue. Les « Citizen MXV » et les « Optiper » sont plus affectés par ces soucis que les autres obturateurs.
  • Si l’appareil fonctionne, on limitera les interventions au nettoyage du bloc de visée, après dépose du viseur, du miroir et du dépoli et des objectifs avec des produits appropriés. On chassera les saletés de la chambre noire avec un pinceau et une poire. Régulièrement lors du stockage on actionnera l’obturateur et la rampe de mise au point.

*****

Mon exemplaire est un MXV 2 avec un obturateur Citizen MXV. MXV signifie, synchronisation du flash M et  X et retardateur pour V (Vorlaufwerk). Il s’agit d’une désignation faite par analogie avec les appareils photo allemands. La vitesse d’obturation maximale est le 1/400ème de seconde (1). Cet appareil que j’ai reçu du Japon a beaucoup servi. Il a probablement été entretenu à en juger par l’état de l’objectif et du viseur. Le propriétaire a effectué des retouches de peinture sur les bordures du dos et la platine avant. La peinture utilisée (sans doute cellulosique) a dissous la peinture d’origine formant une sorte de « granité » disgracieux. Les objectifs n’ont aucune altération. Diaphragme et lamelles de l’obturateur sont exempts d’oxydation et de graisse. Le système de mise au point est fluide.

Ci dessus, deux vues latérales du Minolta. Il manque le revêtement sur les boutons qui sont encrassés. Depuis j’ai collé deux pastilles adéquates.

En ouvrant le paquet bien emballé,  j’avais entendu le bruit d’un objet qui se promenait dans l’appareil. Il s’agit du miroir qui est cassé. Dommage il n’était pas piqué. Pourtant l’appareil n’a pas de trace de choc.

Première réparation, le miroir.

Je comprends mieux pourquoi le vendeur m’avait dit qu’on ne voyait rien par l’objectif de visée.

On aperçoit le ressort en laiton qui maintient le miroir

Après nettoyage de la chambre de visée encombrée de débris de verre et d’autres détritus, je monte pour essai un miroir propre récupéré sur un Seagull qui va parfaitement sans le recouper. Je décide de le fixer à demeure. Il est curieux de constater que ce miroir convient alors qu’il est un peu plus grand en hauteur que l’original. Ca ne gêne pas la fermeture du capuchon. La mise au point n’a pas besoin d’être recalibrée.

Le miroir de l’Autocord mesure 60x50x28 comme celui des Rolleicord modernes. Celui que j’ai installé mesure 63,5x50x31. Leur épaisseur est de 1,3 mm. Ces miroirs sont argentés sur la face extérieure contrairement aux miroirs classiques domestiques.

Je profite du démontage du viseur pour le nettoyer. En dessous du verre dépoli se trouve une lentille de Fresnel pour une meilleure répartition de la lumière. Des débris et poussières se sont accumulés sur les deux composants et entre eux. Après dépose, je nettoie les faces des deux verres avec un chiffon fin et du liquide pour verres de lunettes. Si les surfaces ne sont pas trop sales on peut utiliser un appareil de nettoyage de capteur numérique (origine Ricoh) qui s’avère très efficace pour ce job. Le dépoli mesure 62 x 56. On en trouve sur un grand site marchand provenant de Chine à une dimension voisine 63×56. Pour le moment je conserve ce dépoli qui est correct et non granuleux. Avec un objectif de visée qui ouvre à 3,2 la luminosité est plus faible qu’avec un 2,8. Le démontage des deux verres est délicat. Parfois quand on remplace un dépoli il faut ajuster l’objectif de visée, l’épaisseur des dépolis n’étant pas normalisée.
Le Yashica Mat a un système analogue.

Deuxième réparation, l’obturateur, vais-je avoir autant de chance qu’avec le miroir ?

Les symptômes :

La manivelle tourne, mais le déclenchement est inopérant, quelles que soient les vitesses sélectionnées. Toutefois, le déplacement du curseur des vitesses montre qu’il est armé.

Il faut ouvrir. Chaque opération de cette nature provoque une appréhension, car on ignore si cela va réussir. J’ai pourtant traité avec succès des dizaines d’appareils dont l’obturateur avait un problème, des Rolleiflex, Ikoflex,  Seagull,  Semflex, Voigtlander, Kinax, Franka, Agfa, Ensign… seuls un Royer 6×9 et un Seagull n’ont pu être réparés, les précédents propriétaires étant intervenus comme des sagouins. Un ressort cassé ou une vis perdue peuvent être fatals. Ce qui me semble être un bon point, c’est que je ne vois pas de traces de démontage à l’extérieur.

Je me suis documenté sur le site de Mike Eckman https://mikeeckman.com/2018/05/minolta-autocord-1958/ qui détaille une partie de l’opération de démontage du boîtier, étant précisé qu’il désosse l’appareil pour débloquer la rampe hélicoïdale de mise au point ce qui est inutile dans mon cas. Il n’évoque pas la remise en état de l’obturateur mais on le trouve sur d’autres sites via youtube.

Je dépose la face avant, après avoir enlevé le revêtement qui ne tient pas bien. Je garde les différents morceaux pour servir éventuellement de patron pour un futur revêtement . Il y a 5 vis à dévisser.  Ensuite je dépose le carter qui comprend les deux baïonnettes des objectifs.

La partie avant de l’objectif comprend deux éléments de verre séparés (cf schéma plus haut sur la page). On y accède en dévissant la couronne avant gravée des indications de la focale. Une fois dévissée, on peut retirer la lentille plan convexe avec la partie collante d’un post-it. On nettoie toutes les faces avec un produit pour les verres de lunettes.

L’objectif de prise de vue dévissé avec soin, je tourne d’un demi-tour une vis qui comporte un méplat, destinée à libérer la couronne dentée, très fragile et que je dévisse. Ensuite j’enlève la couronne des vitesses (sur laquelle les vitesses figurent) et une flasque centrale. Le mécanisme apparaît.

Je m’aperçois qu’une petite pièce (non vissée) sur le mécanisme de retardement est tombée lors de l’opération (voir image en dessous). Je la repositionne. La manoeuvre de la manivelle qui actionne l’armement (via une couronne sous l’obturateur) est gommée faute de lubrification. J’entreprends de lubrifier les mécanismes d’armement, du retardateur et des vitesses lentes ainsi que les pivots des leviers divers pour en faciliter le mouvement. Avec un petit pinceau, je passe sans excès sur les engrenages, leurs axes et les « rochers » (2), un produit appelé Interflon, non huileux à base de Téflon qui facilite le glissement des pièces. Je l’utilise depuis des années sur les obturateurs que je répare. Mais rien ne bouge sauf la couronne qui est maintenant dégagée.

Voici les ingrédients, Interflon, pinceau et coupelle. On verse un peu de produit dans la coupelle et on imbibe légèrement le pinceau. Je déconseille le WD 40 trop huileux. De l’huile pour horloger convient ou de l’huile pour rasoir Braun, référence Appliance oil.

A force de tâter les composants du mécanisme avec une grosse aiguille comme un crochet de dentiste, je finis par le libérer et il déclenche normalement. Je le rode plusieurs fois, à diverses vitesses avec et sans le retardateur qui, soit dit en passant ne fonctionne pas lorsque le flash est réglé en mode M. L’appareil est-il conçu ainsi ? Pas gênant.

La pièce entourée de rouge en forme de boomerang peut tomber si vous retournez l’appareil. Les rochers sont entourés de vert ce sont ces pièces qu’il convient de lubrifier à dose homéopathique. Pour cette opération je verse un peu d’Interflon dans une coupelle dans laquelle j’empreigne un petit pinceau pour aquarelle. Je passe le produit sur les rochers et les axes des rouages. Normalement cela suffit.

Je remonte tout sauf l’objectif et le carter pour permettre aux vapeurs d’Interflon de s’évaporer et ne pas polluer les lamelles du diaphragme et de l’obturateur. Dans quelques jours, je reposerai à nouveau le carter et j’installerai l’objectif stocké soigneusement. Au passage, l’extérieur du carter a été nettoyé avec une brosse à dents et en particulier les baïonnettes de fixation des filtres et la fenêtre des vitesses. Pour bien replacer le carter, on règle vitesses et diaphragme aux mêmes valeurs sur l’obturateur et dans les fenêtres supérieures, en haut du carter, par exemple f3,5 et 1/400 ème.

Vérification de la mise au point.

L’appareil n’a pas subi apparemment de dommages tels qu’une chute sur la platine avant et les réparations que j’ai effectuées n’affectent en rien la mise au point.

Je vérifie malgré tout. A la visée, sur le dépoli des objets à différentes distances sont nets. Je vise également une antenne lointaine à la position « infini » qui est nette.

A la prise de vue, j’utilise la méthode artisanale du collimatage et je ne remarque rien d’anormal. J’ai décrit l’opération, ici: https://mlmpages.wordpress.com/2018/12/01/reglage-de-linfini-sur-un-appareil-a-soufflet-folding/

Le contact du flash:

Il est ok à toutes les vitesses, test fait avec un vieux Metz.

La parallaxe, comment faire ?

L’appareil ne dispose pas d’un système de correction de la parallaxe contrairement au Rolleiflex/Rolleicord. En pratique, cela n’a d’importance que lors des prises de vue rapprochées en dessous de 2 mètres. Comme l’image observée dans le viseur est cadrée au dessus de l’image qui sera figée sur le film il est nécessaire d’incliner légèrement le haut de l’Autocord en arrière (l’axe étant la charnière inférieure) pour rapprocher les deux images. Bien que ce soit plus aisé avec un trépied équipé d’une rotule, avec le temps on s’y habitue lorsqu’on photographie à main levée. Il n’y a pas de repères sur le dépoli.

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Pour la suite, je m’interroge sur l’aspect. L’appareil a son vécu, il fonctionne très bien maintenant. Je pense uniquement poser un nouveau revêtement sur la façade. La peinture ? Je crains de ne faire pire que le précédent propriétaire et que le rendu ne soit trop clinquant ou trop mat car je n’ai pas trouvé la peinture adéquate pour des restaurations analogues.

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Conclusion provisoire:

Le Minolta Autocord est un bon appareil 6×6 (voire très bon) qui a ses adeptes parfois aveuglés car il n’a rien d’extraordinaire par rapport à la référence dans le domaine, le Rolleiflex. Il est même légèrement en retrait en comparaison d’un équivalent sans cellule comme l’Automat 4. Correctement ajusté si nécessaire, cet appareil vous donnera de belles images. Alors si vous voulez vous équiper d’un TLR 6×6 à avancement couplé à l’armement, vous avez le choix, Rolleiflex dans de nombreuses versions, Yashica Mat, Seagull ou Minolta Autocord. Je pense avoir donné dans mes pages le maximum d’informations pour vous permettre de choisir lors de l’achat. Quant aux tarifs, on en voit comme toujours à des prix délirants. Pour un appareil en bon état avec sac mais sans cellule car c’est un composant problématique et moyennement efficace, je n’y consacrerais pas plus de 250/300€.

Catalogue Photo-Ciné du Cirque 1968-1969. Le Rolleiflex T figurant sue le même catalogue avec cellule incorporé valait 1 065 francs.

(1) La vitesse du 1/400 ème n’est inférieure au 1/500 ème que sur le papier. Beaucoup d’obturateurs – même les plus sérieux comme les Synchro-Compur – affichant la vitesse du 1/500 ème de seconde ne donnent en fait qu’une vitesse entre le 1/250 ème et le 1/375 ème de seconde. Les obturateurs japonais, surtout les plus récents, respectent mieux l’échelle des vitesses que leurs homologues allemands. Les ultimes Rolleiflex 2,8 GX utilisent un obturateur japonais.

(2) le « rocher » est une sorte d’engrenage destiné à ralentir ou temporiser un mécanisme. Il se présente sous la forme d’une roue dentée sur laquelle frotte un ergot (voir ci-dessous entouré de rouge). Sur la plupart des appareils il y a deux rochers, un sur le retardateur et l’autre sur le mécanisme de déclenchement.

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Dans la famille des Rollei, les Rolleicord

A gauche un modèle V et à droite un Vb. L’apparence des façades est voisine des Rolleiflex hormis les couronnes de réglage des vitesses et du diaphragme.

Aujourd’hui on va s’intéresser aux frangins des Rolleiflex, les Rolleicord, dont je parle peu dans cet article: https://mlmpages.wordpress.com/2017/12/10/acheter-un-rolleiflex-que-faut-il-examiner/

Beaucoup m’ont questionné sur cet appareil qui est plus abordable que le Rolleiflex. Voici les grandes lignes concernant ces appareils.

Ce qui distingue essentiellement les Rolleicord des Rolleiflex de la période post 1945, c’est le système d’avancement du film par manivelle qui arme automatiquement l’obturateur avant le déclenchement. D’où l’appellation d’ AUTOMAT qui est apparue pour certains Rolleiflex. Les premiers Rolleiflex ne possédaient pas le couplage de l’armement et de l’avancement du film.

Quelques années après le lancement du Rolleiflex en 1928, les chiffres de vente restaient modestes, le Rolleiflex restant à un tarif élevé . Alors Franke & Heidecke eurent l’idée en 1933 de lancer un second appareil, le Rolleicord. Celui-ci comporte un système d’avancement du film par molette et vérification « à la lucarne » située sous le boîtier et un armement de l’obturateur non couplé. L’objectif est un honorable Zeiss Triotar à trois lentilles alors que le Rolleiflex possède un Tessar à quatre lentilles. L’obturateur Compur au 1/300 ème est commun aux deux appareils. Il est vendu 50% moins cher et très vite les ventes décollent.

Extrait du catalogue Lasalvary 1934

Dans les années d’après guerre, les Rolleicord vont progresser comme les Rolleiflex. Pour faire simple, je cite les principaux changements (chacun pourra se reporter aux sites dédiés à ces appareils où les évolutions sont détaillées): la correction de la parallaxe, un obturateur au 1/500 ème – d’abord Compur Rapid puis synchro Compur – un objectif à 4 lentilles (un Xénar), un armement couplé à l’avancement du film (débrayable pour les doubles expositions) sans contrôle à la lucarne, des baïonnettes pour fixation des filtres et du paresoleil ….qui aboutirent au type II model 5 puis aux types III, IV et V. Enfin les derniers modèles Vb auront un viseur amovible pouvant être remplacé par un prisme, celui adaptable sur les Rolleiflex. Ce modèle comporte un système de correction de la parallaxe différent des modèles antérieurs. La gamme de ce Rolleiflex « du pauvre » fut constamment en évolution pour satisfaire un public exigeant.

Si les appareils permettent tous ou presque d’utiliser le Rolleikin pour photographier en 24×36, à partir du Va modèle 2, Rollei conçut un système de compteur de vue ingénieux adaptable pour des images au format réduit, 4 x 5,5, 4 x 4 et 28 x 40. Il suffit de changer le compteur de vue et d’adapter le cadre adéquat dans la chambre et le viseur de l’appareil. Il était livré avec le compteur pour 12 vues et le format 6 x 6. Les autres formats permettent 16 ou 24 vues avec une réduction importante de l’angle de visée qui limite l’usage de l’appareil à des champs étroits comme les portraits ou la photographie documentaire. De ce fait, peu de photographe équipèrent leur Rolleicord de ce système. La rareté fait que ces compteurs alternatifs et les masques sont difficiles à trouver. Le Rolleiflex T offrit la possibilité de photographier dans ces formats réduits uniquement avec l’ajout de masques, le compteur se calant automatiquement en fonction du masque.

Ces appareils connurent un réel succès durant des décennies en raison de leur qualité et de la possibilité de faire des clichés sérieux. Il était répandu dans les photo-clubs. Ce n’est pas un sous-appareil. Par rapport aux « flex » l’appareil offrait les mêmes performances. La différence est uniquement ergonomique avec un système d’armement et d’avancement du film, moins pratique, tout comme la conception du déclenchement de l’obturateur. En fait, le levier d’armement sert aussi de levier de déclenchement. Vu d’en haut, pour armer on déplace le levier vers la droite et pour déclencher on le pousse à gauche. Cette caractéristique ne changera pas. Elle rappelle les Semflex.

Elle déroute un peu ceux qui connaissent d’autres TLR, Rolleiflex, Yashica Mat, Seagull, Autocord. Le système peut amener l’opérateur à placer maladroitement sa main devant l’objectif. Pour pallier cet inconvénient, j’utilise un déclencheur Rolleiflex additionnel quasi introuvable de nos jours à des tarifs abordables qui se fixe sur le filetage du déclencheur souple. C’est, sinon parfait, du moins nettement mieux. On peut également utiliser la poignée Rollei qui s’adapte sur les Rolleicord.

A droite, le bouton poussoir déclencheur et, à sa gauche, le levier d’armement qui peut servir pour déclencher.

Autre point, pour changer les vitesses d’obturation et le diaphragme sur les modèles Vb, il faut pousser le levier de réglage des indices de lumination écrits en rouge en direction de l’objectif. Cette action libère la couronne située à l’opposé pour régler vitesses et ouverture. On s’y fait. Ne pas forcer.

Hormis le système d’avancement, armement, déclenchement qui est spécifique, les Rolleicord sont de la même conception que les Rolleiflex. Ils disposent de la correction de la parallaxe, d’une chambre noire à chicanes pour limiter les reflets, d’un obturateur au 1/500 ème avec self timer, des mêmes montures de filtres et de paresoleil en BAI 1, et de la possibilité d’utiliser la plupart des accessoires du « flex », poignée, rolleifix, tête panoramique….

La qualité intrinsèque de ces appareils est à moduler en fonction de leur état de conservation et de fonctionnement. Ils ne sont intéressants que s’ils fonctionnent parfaitement, sinon une révision s’impose ce qui réduit leur intérêt par rapport à des modèles plus perfectionnés et opérationnels. Il faut savoir qu’on peut en trouver à tous les prix indépendamment de leur état fonctionnel. Les modèles V, très nombreux, sont à privilégier.

Le V que je possède était très sale et les vitesses lentes étaient bloquées ce qui est courant sur ce type d’appareil en cas de longue inactivité. Je l’ai remis en service moi-même comme le second, un Vb, qui en plus de ce souci d’obturateur a son dépoli légèrement fêlé. La mise au point étant correcte le remplacement du dépoli n’est pas urgent. J’ai trouvé ces Rolleicord autour de 100€ avec plus ou moins d’accessoires utiles mais ils avaient tous l’obturateur à réviser.

Dépoli fêlé. Dimensions sur le Vb 63,5 x 68,5
Intérieur du Rolleicord avec le système de mise au point. Souvent la graisse s’est solidifiée. Elle doit être changée.

Le nettoyage classique porte sur le boîtier, le viseur, le dépoli, le miroir, l’objectif de prise de vue et de visée…Je me sers d’eau additionnée d’ammoniaque (5%) pour l’extérieur et de liquide pour nettoyer les verres de lunettes pour l’optique et le miroir. Le dépoli est soigneusement lavé à l’eau savonneuse.

Si vous cherchez un Cord fonctionnel on peut en trouver auprès des professionnels ou des particuliers. Le professionnel peut proposer une garantie, pour le particulier c’est plus hasardeux et un test s’impose pour vérifier que tout fonctionne bien, notamment l’obturateur. Depuis quelques années ces appareils atteignent des tarifs astronomiques. Certes ce sont de bons outils photographiques, mais de là à dépenser 400/500euros il y a un pas que je vous invite à ne pas franchir.

Voici un site dans lequel vous trouverez une estimation des Rolleicords et d’autres informations:

https://antiquecameras.net/leicahasselbladrollei/rolleicords.html

Les caméras 8 mm Paillard Bolex

Les anciens qui ont connu le film avant les camescopes se souviennent de la marque suisse Paillard Bolex.

Cette marque installée à Sainte-Croix, en Suisse, a fabriqué diverses caméras 8 mm, 9,5mm, 16 mm et super 8. Elle est moins connue pour ses postes de radio et ses machines à écrire.

Celles qui nous intéressent ici sont les petites caméras 8 mm pour 15 mètres de film, soit 4 minutes de projection. Je dis « petites », car Paillard Bolex produisit une grosse caméra 8 mm – dite H8 – dans le corps de son modèle 16 mm qui acceptait des films double huit de 30 mètres ce qui donnait environ 8 minutes de projection à 16 images/seconde. Ces temps étaient faibles, il fallait beaucoup de pellicules pour réaliser un court métrage de 15/20 minutes, sans parler des chutes.

Ce qui est paradoxal, c’est qu’avec le système du film 8 mm, si imparfait soit-il, les fabricants ont lancé des appareils de prise de vue d’excellente qualité mécanique et optique. On va le voir avec Paillard Bolex, mais Ercsam, Beaulieu, Noris, Bauer etc, ont également mis sur le marché des modèles sophistiqués. Eu égard à la durée de projection d’un film de 15 mètres il y a quelque chose de dérisoire. On est loin des vidéos actuelles à l’image presque parfaite.

A l’occasion d’un passage chez un brocanteur, j’ai trouvé à petit prix et en excellent état cosmétique, cette caméra 8 mm. Elle porte le numéro 415xxx.

La première impression est sa compacité, sa qualité de fabrication et sa sophistication. La poignée est une merveille d’usinage. Elle a bien résisté au temps, sans oxydation.

Poignée très bien conçue et fabriquée dans d’excellents matériaux

Ensuite, en découvrant la caméra, j’ai fait plusieurs observations.

En haut, le viseur (!), en dessous, le compteur métrique
L’intérieur avec la bobine réceptrice en bas. Compte tenu de la spécificité du film, une fois la première rangée exposée, il fallait inverser les bobines pour exposer la deuxième rangée. Le film fait 16 mm de large, il est coupé en deux dans le sens de la largeur après le développement.

Le numéro de série semble correspondre à une production de 1955, or le modèle semble être une B8 LA de 1961. (cf: http://www.bolexcollector.com/cameras/b8l.html). Les notices trouvées dans le fourre tout sont marquées B8 et B8L surchargé au tampon en B8LA. J’ai pensé qu’il y avait soit une erreur dans le tableau indiquant les numéros de série, soit que la caméra avait été modifiée comme il apparaît que de nombreux modèles l’ont été. Les ateliers SAFAC LERT BONNET sont intervenus sur de nombreuses Paillard, notamment avec la pose d’une tourelle à trois objectifs dont quelques-unes furent vendues par MARGUET. Il n’est pas impossible que, compte tenu de la construction modulaire de la caméra, certains exemplaires ont été « alignées » sur les modèles ultérieurs par le fabricant ou des ateliers indépendants. En effet, à l’époque les fabricants proposaient à partir d’une base commune, des modèles simples et des modèles plus élaborés. Paillard a procédé ainsi avec une gamme de caméras allant de la « monovitesse » équipée d’un objectif à mise au point fixe au modèle abouti avec cellule, plusieurs vitesses, un obturateur variable, une tourelle à deux objectifs, un zoom avec visée réflex.

Les gammes L, B, C et D sont ainsi faites:

2 modèles L (ancien et nouveau)

5 modèles B: B8, B8L, B8VS B8SL et B8LA,

4 modèles C: C8, C8S, C8SL et C8 LA,

2 modèles D: D8L et D8 LA.

3 modèles zoom réflex P: P1,P2 et P3.

Au total, il y eût 16 modèles entre 1942 et 1963. La classification est aléatoire car des modèles empruntent des caractéristiques des modèles suivants, indépendamment des modifications à la demande.

J’ai trouvé ces pages du catalogue Photo Plait à l’année incertaine, car il n’y a plus la couverture:

Quelles sont les caractéristiques de ma Bolex ?

La caméra a une gamme de vitesses réglables de 12 à 64 images par seconde. Il y a un obturateur variable pour les fondus enchainés, la possibilité de rembobiner (il manque la manivelle), une tourelle avec un objectif normal de 12,5 mm et un télé de 35 mm soit l’équivalent respectif en 24×36 d’un 50mm et d’un 135mm. Pas de grand angle. Les objectifs sont de marque Som-Berthiot. Elle reçut également des objectifs Kern, marque suisse réputée. Elle comporte une cellule photo-électrique.

Intéressons-nous à la visée. Le viseur est rikiki comme sur la plupart des caméras et des appareils photos non réflex de l’époque. Il est réglable en fonction de la focale de l’objectif pour trois focales, 12,5, 25 et 36 mm. Un autre levier situé sur la partie frontale permet de régler le viseur pour un grand angle de 5,5 mm de focale. C’est plutôt un dispositif de cadrage car il ne contrôle pas l’exactitude de la mise au point qu’il faut régler sur les objectifs.

Cette Bolex comporte une cellule photoélectrique couplée au diaphragme pour laquelle il est indispensable d’ajuster la valeur en ASA et la vitesse de prise de vue. C’est une source de déconvenues si on change souvent la vitesse. Le réglage se fait une fois pour toutes pour un même plan sauf à agir sur la bague du diaphragme ce qui est difficile car la cellule est découplée par la mise en route du moteur. C’est une seconde source d’ennuis avec des sur ou sous-expositions lorsqu’on alterne des zones sombres et des zones claires. Il n’y a pas de réglage en cours de prise de vue. L’ajustement de la mise au point est à effectuer pour chaque plan. Les bagues de mise au point et de diaphragme ne sont pas placées de la même façon sur les objectifs. Là encore ne pas se tromper.

Elle a beaucoup de points faibles, selon nos critères actuels, ajustements à surveiller en fonction de la sensibilité et de la vitesse, contrôle de la mise au point au jugé, viseur étriqué et découplage de la cellule en cours de prise de vue. Il faut sérieusement réfléchir avant de filmer.

Ces inconvénients disparaitront avec les évolutions du modèle et le système réflex. Une cellule ajustera l’ouverture du diaphragme à la luminosité variable des sujets filmés et permettra une vraie mise au point.

Cela vaut-il la peine d’acquérir ce type de matériel ?

La réponse est catégoriquement non sauf à trouver une affaire. Malheureusement la spéculation s’est entichée de ces petites machines à l’usage complexe.

Pourquoi ?

  • On trouve difficilement du film et des labos pour le développer,
  • La caméra présente des inconvénients ergonomiques majeurs, qui exigent une grande attention, comme je l’ai dit plus haut,
  • La durée du film est dérisoire.
  • Par contre la construction est de qualité bien que d’autres modèles aient eu, à l’époque, une meilleure réputation de fiabilité.
  • D’autres marques ont produit des modèles double huit plus pratiques.
Actualité: serait-ce une rénovation de la station la plus pourrie du réseau ?

Rien ne bouge depuis mon article précédent en juin 2018. https://mlmpages.wordpress.com/2018/06/19/une-station-de-metro-tres-delabree-porte-des-lilas/

En juin 2007, j’avais reçu ce message….

« 

« Monsieur Denis Baupin a bien reçu votre message concernant l’état de la station Porte des Lilas du métro, et m’a chargé de le transmettre à la RATP, seule responsable de l’entretien des stations de métro.La RATP nous a précisé en réponse qu’elle a bien conscience de ce problème et qu’une réfection complète des quais de la ligne 11 est donc prévue dans le cadre du programme de Renouveau du Métro, à l’image de ce qui a été réalisé sur les quais de la ligne 3bis. Cette opération n’a pas pu être réalisée pour l’instant du fait des études en cours pour la réalisation de nouveaux accès à la station en lien avec la couverture du boulevard périphérique. Le calendrier de ces nouveaux accès n’est pas connu à ce jour.Aussi, afin de ne pas retarder plus longtemps cette opération, la RATP a programmé la rénovation complète des quais de la ligne 11 – indépendamment du calendrier de réalisation des nouveaux accès. Cette rénovation pourrait intervenir en 2009. Souhaitant avoir répondu à votre interrogation, je vous prie de recevoir nos salutations distinguées.

Porte des Lilas, la station de métro la plus dégradée du réseau.

Quelques dessins de Marcel Capitaine, dessinateur aurillacois.

J’ai mis en ligne quelques « potâcheries » dessinées par Marcel Capitaine (1908-1983) à la plume et au lavis, peintre, caricaturiste, illustrateur et professeur de dessin bien connu des élèves du Lycée Emile Duclaux d’ Aurillac, qu’il m’avait données, il y a longtemps. Il signait sous le nom de Cap. Son oeuvre n’a malheureusement pas dépassé les limites du Cantal où il était très connu pour ses activités artistiques dans de nombreux domaines.

Coller soigneusement des tubes PVC, un petit truc pour réussir…

Les conduites de vidange – ici une rénovation de cuisine – ne sont pas difficiles à réaliser mais elles exigent préalablement un schéma, des calculs précis et une réalisation sans fuite.

Or, il s’avère que dans beaucoup de cas, faute de soin suffisant, l’étanchéité totale n’est pas assurée et l’eau s’écoule à une jonction des éléments en PVC, mal collés. Il faut recommencer le travail.

Pour bien comprendre le principe du collage des éléments en PVC, on regarde comment se présente un raccord. On voit que la bordure des raccords femelle et mâle est biseautée, on dira chanfreiner, pour que la colle s’étale lorsqu’on les assemble. Cela constitue en quelque sorte un « réservoir » de colle afin que celle-ci ne manque pas lors de l’enfoncement. Lorsque la colle manque ou ne « prend » pas en raison d’un nettoyage hâtif, le plastique n’est pas « soudé » par la colle et l’eau a vite fait de s’y glisser.

Sur ces raccords on voit les chanfreins.

Lorsque vous devez coller un tube et que celui-ci ne comporte pas de chanfrein il est indispensable d’en créer un et je propose d’en ajouter un second pour plus de sureté. Ces chanfreins sont réalisés à la lime ou avec une lame de scie à métaux, le premier à l’extrémité du tube, le second à deux centimètres environ du premier.

Une fois les chanfreins réalisés et le tube nettoyé à l’alcool, la colle est appliquée sur toute la surface à coller et plus particulièrement sur les chanfreins. Je conseille de préférence une colle de marque plutôt que celle d’une marque de distributeur. On attend 24 heures avant de mettre en eau. Lorsque le tube a été peint, la peinture doit être poncée sur toute la surface à encoller.

Enfin on remarquera sur la photo ci-dessous la présence préventive de deux bouchons destinés à déboucher les évacuations avec un furet si besoin est.

Clin d’oeil à Romaric

Le YASHICA MAT un 6×6 recommandable

Un peu d’histoire:

S’il est un appareil photo qui a révolutionné la prise de vue, c’est bien le Rolleiflex, appareil réflex à deux objectifs. Dans les années 30, en 1936, Minolta se lança dans la fabrication d’un TLR, le Minoltaflex, très voisin du Rolleicord. Plus tard, dans les années 40/50, une cinquantaine de marques se lancèrent au Japon dans la production d’appareils de ce type plus ou moins sophistiqués. Ces appareils reprenaient la formule des appareils allemands, Rolleiflex et Ikoflex. Ils eurent beaucoup de succès tant sur le marché nippon qu’à l’exportation en raison de leurs prix attractifs. Mais Yashica sut imposer durablement ses nombreux modèles mieux que d’autres marques. Durant près de 35 ans jamais une marque japonaise n’a produit autant de modèles distincts en grand nombre, sans parler des diverses évolutions et variantes. Les appareils utilisaient le film 120 et 220 (série 66) et le film 127 (série 44). Un modèle, le 635, permettait d’utiliser le film 135 en plus du film 120 à l’aide d’un adaptateur façon Rolleikin. Il semble que la production totale identifiée s’est élevée à au moins 1,4 million d’appareils parmi lesquels 574 000 MAT G et 166 000 MAT tout court. Certains appareils ont été montés au Brésil. Toutes les quantités fabriquées ne sont pas connues par modèle ce qui amène à penser que les chiffres de production sont plus élevés.

Au départ, lancé sous le nom de Pigeonflex, le premier TLR qui allait devenir ensuite le Yashimaflex, puis le Yashicaflex, n’était qu’un clone du Rolleicord comme les très nombreux TLR de cette époque. Il avait l’avantage d’être construit sérieusement à partir d’une bonne base. Avec les années, l’appareil non seulement changea plusieurs fois de nom, mais fut perfectionné de fond en comble pour atteindre des hauts standards de qualité et de performances en vue de l’exportation. Le site ci-dessous dont l’auteur est Paul Sokk, bien documenté et illustré, relate l’histoire des productions Yashica. Une vrai mine d’informations dont je recommande la lecture.

http://www.yashicatlr.com/index.html

L’appareil s’embourgeoisa au fil du temps, passant des modèles modestes à des modèles mieux équipés visant les concurrents Rolleiflex et Rolleicord à un tarif plus abordable. Les évolutions portèrent sur le passage des objectifs de trois lentilles à quatre de type Tessar, le montage d’obturateurs élaborés donnant le 1/500 ème de seconde, le lancement d’appareils à cellule incorporée ou couplée, l’adoption de la monture des filtres alignée sur celle des Rolleiflex dite BAI 1 (j’en parle plus loin) et un système d’avancement du film par levier couplé à l’armement à partir du modèle MAT que Yashica introduisit dans le boîtier. Le summum à l’époque car peu de concurrents réalisaient ce dispositif complexe qui nécessite une qualité de fabrication irréprochable. Sans cette amélioration, le Yashica TLR aurait connu un moindre succès et aurait rejoint les concurrents qui ont disparu rapidement au début des années soixante comme les Walzflex, Aireflex, Primoflex, Beautyflex…. Le mécanisme d’armement est voisin de celui des Rolleiflex au diamètre des rouages près.

Le Yashica Mat ne fut pas massivement importé en France. Ceux qui sont sur le marché sont arrivés via d’autres pays.

Trois TLR à armement et avancement du film couplés, un Seagull, un Yashica MAT et un Rolleiflex 3,5 C. Le Yashica reprend fortement l’aspect du Rolleiflex avec, en façade, les deux boutons de réglage des vitesses et du diaphragme. Il est très bien fini avec une apparence plus chromée.

Est-ce une copie du Rolleiflex ? Le Rolleiflex, auquel il faut toujours revenir lorsqu’on veut parler de créations ingénieuses et de précision, est la référence car il possède des perfectionnements ergonomiques utiles que n’ont pas le Yashica MAT et ses frères malgré toute la sympathie que je leur porte.

Deux caractéristiques principales font défaut au Yashica MAT pour rivaliser avec l’appareil allemand.

Il n’a pas de système de correction de la parallaxe qui est un des points forts de la précision des Rolleiflex et Rolleicord depuis la fin de la seconde guerre mondiale (1). Les Yashica n’en sont pas équipés, pas plus que leurs concurrents nippons et notamment l’Autocord de Minolta, le fantasme des amateurs. Yashica préféra se lancer dans l’automatisme en installant dans son TLR des cellules (au sélénium puis au sulfure de cadmium) dont les amateurs étaient friands car la détermination du temps de pose fut longtemps pifométrique et source d’insuccès. Une fois la cellule installée, il n’y avait sans doute plus de place pour un système de correction de la parallaxe relativement complexe. Le second point est l’impossibilité de faire des doubles expositions alors que les modèles D et 635 à armement manuel le permettent. Sur le plan optique, une controverse anime les discussions entre les spécialistes, il s’agit des performances respectives des objectifs. Yashica n’a jamais abordé la haute performance optique contrairement à Rolleiflex avec les Planar et les Xenotar. De ce fait, on ne peut comparer les Yashinon qu’aux Tessar et Xénar dont ils ont sensiblement la même structure. Le test suivant apporte quelques éclairages:

https://web.hevanet.com/cperez/MF_testing.html

On voit dans ce test ancien que, par rapport au Tessar, le Yashinon donne des valeurs en retrait au centre mais meilleures à la périphérie. Cela reste à un niveau très correct d’autant qu’avec le temps bien des appareils se sont déréglés ou ont reçu des chocs – y compris des Rolleis – et auraient besoin d’un recalibrage. Donc, selon le vieil adage que je ne cesse de répéter, mieux vaut un Yashinon en parfait état qu’un Tessar altéré. De plus, tout le monde sait qu’il existe des variations entre deux appareils identiques et que, même les meilleurs, n’échappent pas aux effets du temps.

Autre point, la chambre noire des TLR Yashica fut irrégulièrement équipée de chicanes pour réduire les reflets parasites, ce qu’on appelle le « flare ». Les Rolleis en sont tous équipés. Exemple plus bas.

En dehors de cela, les Yashica sont bien dotés, notamment ceux qui ont un obturateur au 1/500 ème, très fiable, les MAT, le D et le 635.

Accessoires

Les accessoires optiques du catalogue de la marque Yashica se limitent au paresoleil, aux filtres et bonnettes, ainsi qu’à des compléments optiques afin de transformer l’objectif de PDV en grand angle ou court télé. Des compléments identiques seront proposés sous la marque Sun, Spiratone, etc. Ces compléments sont aussi tentants que médiocres. Leur réputation n’est pas bonne pour du travail de qualité. Dans le catalogue, il n’y avait, ni attache rapide, ni poignée (?), ni adaptateur 24×36 (hormis pour le 635), ni prisme de visée. Les bonnettes ont également été produites par Vivitar, Sun, Kenko….

Concernant les accessoires optiques les plus courants, les filtres et les bonnettes Rolleinar produits par Rollei en BAI 1 s’adaptent parfaitement dans la baïonnette interne ( j’ai fait l’essai ci-dessous) en remplacement de ceux de la marque difficiles à trouver. On peut aussi trouver des accessoires de la marque Eurofiltre, B+W, Hoya… par contre et curieusement, le paresoleil Rollei BAI 1 ne peut se monter sur le Yashica, malgré les apparences. La lèvre de la monture externe du Yashica est plus épaisse d’un ou deux dixièmes de millimètre que celle des Rolleis. J’ai testé trois paresoleils Rollei BAI 1 qui présente de légères variantes de construction, en vain. Inutile de s’acharner, ça ne marche pas, la monture n’est pas si universelle que ça. Attention aux paresoleils achetés sans test. L’idéal est de trouver un paresoleil Yashica ou autre vraiment compatible. En général, peu d’amateurs s’équipaient des accessoires optiques et du paresoleil ce qui fait qu’on les trouve rarement en occasion. Parfois aussi, lors des successions, les héritiers gardent l’appareil photo du grand-père et les accessoires rangés au fond d’un tiroir finissent chez le brocanteur ou chez Emmaüs.

Enfin il y a peu dans une foire à la photo, j’ai trouvé un paresoleil Yashica d’origine.

Le paresoleil Rollei ne se monte pas sur le Yashica. Le Walz se monte sur le Mat mais pas sur le 635. Le Yashica est le plus adapté.

Le Walz est parfait. Il limite les reflets dans la chambre de prise de vue.

Le paresoleil Yashica monté ici sur un Yashica 635.

Montage de Rolleinar sur un Yashica. Probablement un assemblage moins précis en terme de cadrage que sur le Rolleiflex dont la différence parallactique est corrigée à la visée par un mécanisme interne.
Montage de filtre Rollei sur un Yashica.

Paul Sokk évoque fort justement ces questions de compatibilité dans cet article: http://www.yashicatlr.com/AccessoriesYashicaTLR.html#bay1

Les bouchons d’objectifs, Yashica et Rolleiflex ne sont pas interchangeables en raison d’un écartement des objectifs différent.

Et pour couronner le tout, le déclencheur souple adaptable aux Yashica est à « cloche » comme pour certains Nikon et autres japonais anciens. S’il dispose d’un blocage, il autorise la pose « T » dont l’appareil est dépourvu.

Pour fixer la « cloche » du déclencheur on doit préalablement dévisser la bague situé autour du bouton poussoir et ne pas la perdre, ce qui n’est pas pratique. Le MAT 124 revient à un bouton de déclenchement plus classique avec filetage interne.

***

Intéressons-nous au Yashica Mat, tout court. Appareil pro ou amateur ?

Cet appareil mis au point vers 1956 fut produit pendant une quinzaine d’années. Il fut diffusé en France dans les années 65/66, où il apparaît parfois dans les catalogues. Il était vendu la moitié du prix d’un Rolleiflex 3,5 Tessar. L’objectif de prise de vue est initialement un Lumaxar de 75 mm, puis de 80 mm, remplacé ensuite par un Yashinon de 80 mm. Ces optiques de 80 mm de focale à quatre lentilles semblent identiques. Les derniers modèles postérieurs à 1970 ont un objectif de visée ouvrant à f2,8 contre 3,2 pour les précédents. Le MAT est un appareil à avancement du film et armement par manivelle doté d’un obturateur éprouvé Copal MXV au 1/500 ème et synchronisé pour le flash à toutes les vitesses. Son ergonomie est celle du Rolleiflex Automat et des dérivés, armement, déclenchement, réglages des vitesses et du diaphragme… Si on compare les deux appareils, on notera que la qualité de construction est voisine, les deux sont solides et bien finis. Le Yashica Mat comporte plus d’éléments en acier et davantage d’éléments chromés. Il pèse 1 100 gr contre 980 gr pour un Rolleiflex T.

Les photographes professionnels spécialistes du moyen format ont boudé cet appareil, lui préférant le Rolleiflex pour sa précision, quelques avantages supplémentaires (correction de la parallaxe), sa performance optique et sa réputation. Le Yashica Mat a donc été considéré comme un appareil d’amateurs. Beaucoup d’entre eux ont découvert le moyen format avec cet appareil financièrement abordable, avant de s’équiper d’un boîtier plus qualitatif ou d’abandonner au profit du 24×36. J’ai fréquenté un photo-club où deux adhérents actifs avaient cet appareil et produisaient d’excellents clichés, portraits, natures mortes, images documentaires, etc. Il est vrai qu’en noir et blanc, la maîtrise de la technique (développement et tirage) prévaut sur le nom du boîtier. Au tarif où il était vendu, « il ne pouvait égaler le Rollei », disait-on… avec une suspicion qui a eu la vie dure sur la qualité du matériel japonais inférieure, aux yeux de certains, au matériel allemand. De mon point de vue d’utilisateur/réparateur, la qualité du MAT est réelle. On le voit en auscultant la partie mécanique côté manivelle et l’obturateur Copal tout à fait équivalent au Synchro Compur. Je comprends que du point de vue de la qualité de fabrication, certains le classent avant les Rolleiflex.

Quelques remarques: avant de rédiger cet article, j’ai compulsé une dizaine de Photography annual des années soixante et je n’y ai vu que quatre à cinq photos réalisées avec un Yashica. De nos jours, dans les publications en ligne sur Flickr, par exemple, j’observe que les utilisateurs de MAT obtiennent de bons résultats si les sujets et le développement s’y prêtent. Si Robert Doisneau l’avait eu entre les mains….Le MAT fut remplacé par les modèles comportant une cellule couplée comme le 124 plus attractifs aux yeux des amateurs, les pro préférant une cellule indépendante.

En 2021, pourquoi s’en équiper ?

Si ce type d’appareil réflex à deux objectifs( TLR) vous intéresse je vous suggère de lire l’article suivant:

http://tipiphoto.free.fr/testnumerique/rolleiflex/

Compte tenu de la forte parenté ergonomique avec le Rolleiflex, le Yashica Mat peut le suppléer à bon compte. On le trouve à des tarifs plus abordables que les Rolleiflex. Ensuite, cet appareil est fiable, construit dans des matériaux de qualité, bien plus que les modèles suivants à cellule. On pense à tort que cette cellule CDS est un avantage alors qu’elle a deux faiblesses sur le 124, une pile au mercure PX 13/PX625 désormais introuvable qui nécessite d’installer un adaptateur garantissant une tension de 1,35 volts ou de monter une pile wein-cell qui se vide rapidement et une absence criante de protection de son mécanisme (contacts et galvanomètre) accessible de ce fait aux poussières lorsqu’on ouvre le capuchon de visée. Sinon, le système fonctionne correctement avec une mesure moyenne, mais en raison des faiblesses dont j’ai parlé on évitera cet appareil. J’en ai possédé un de la première génération dont le galvanomètre s’est enrayé et le fil d’alimentation de la cellule s’est coupé. Dans les foires, j’en croise pas mal qui souffrent de ce côté. Parfois, c’est réparable pour quelques temps. Une cellule à main donne de meilleures mesures y compris une sélénium en état. Si vous voulez être « vintage » adoptez une Weston-Master ou une Euro Master mais éliminez les cellules CDS anciennes ( Lunasix, Sixtar, Métrastar….) conçues pour la pile PX13.

Le MAT est exempt de ces défauts par conception, aussi aurai-je la formule, « pas de cellule, pas de complications ». Aux dires des spécialistes de ces appareils, il serait mieux construit que ses successeurs, ce que je veux bien croire en particulier la dernière série de 124 G qui connaîtrait des soucis avec le mécanisme d’entraînement du film. De fait, on ne lui connait pas de pannes récurrentes hormis un obturateur capricieux en raison de l’inactivité comme pour ses concurrents. C’est donc un bon choix pour se lancer dans le moyen format.

Du fait d’une faible diffusion en France, il n’est pas courant en occasion mais on en trouve parfois sur les sites de vente du WEB. Il y en a peu dans les bourses photo en France. Le modèle fut plus vendu dans les pays étrangers, Scandinavie, Belgique, Hollande… que dans l’hexagone. Il faut compter autour de 220/250 euros pour un Mat avec son sac en très bon état cosmétique et technique sans altérations de l’optique et/ou du système d’armement et de l’obturateur. Il arrive que le stockage des appareils ne s’est pas effectué dans de bonnes conditions. En plus du stockage en atmosphère humide, cave ou grenier, l’alternance chaud/froid créé de la condensation qui finit par corroder l’appareil, gripper l’obturateur altérer l’objectif et le miroir etc. Ces choses arrivent également aux Rolleis. Acquérir un appareil qui présenterait ces symptômes est risqué et tout dépend du dysfonctionnement et du degré de réparabilité. Un miroir se remplace, un obturateur se « dégomme », par contre un objectif altéré (traitement de surface et colle entre les lentilles) ne peut se remplacer sauf à disposer d’un « donneur ». L’examen de l’appareil convoité nécessite les mêmes points de vérification que ceux du Rolleiflex et les tarifs de réparation sont identiques à ceci près qu’il y a plus de réparateurs connaisseurs de Rollei que de Yashica. Il est à préférer aux TLR français Royer et Semflex qui vieillissent encore plus mal.

Mon Yashica MAT

Il y a longtemps, j’avais apprécié le MAT 124 première génération remisé et revendu suite à ses ennuis de cellule. Histoire d’aller vérifier si l’herbe est plus verte que chez Francke et Heidecke, je viens d’acquérir un MAT en excellent état dont j’évalue la date de fabrication autour de 1965 en fonction de son numéro et selon le site de Paul Sokk. Il est propre (miroir et dépoli) et complètement fonctionnel (même l’obturateur). Il était vendu avec son sac. J’ai vérifié avec mon collimateur personnel la mise au point qui est exacte. Ceci est assez exceptionnel pour un appareil de 55 à 60 ans acheté d’occasion, car 9 fois sur 10 les appareils ont au moins une faiblesse, déformation suite à un choc, obturateur et retardateur gommés, objectif altéré, miroir piqué, revêtement décollé…sans parler des tarifs stradivariens auxquels j’espère ne pas contribuer lorsque je parle favorablement sur le présent blog de ces appareils photos. Il ne me reste plus qu’à le tester mais, a priori, il n’a besoin, ni d’une révision, ni d’un nettoyage de la chambre de visée, cette dernière ne devant être effectuée que sur les appareils dont le dépoli et le miroir sont gravement souillés.

cf: https://mlmpages.wordpress.com/2017/12/10/acheter-un-rolleiflex-que-faut-il-examiner/

Faut-il changer le dépoli du MAT ?

Jusqu’à présent, j’ai trouvé le dépoli acceptable. Celui-ci est installé sur une lentille de Fresnel efficace. En fait, la question porte plus sur la luminosité de l’objectif de visée (f3,2) pour le mien, (les derniers MAT ont reçu un f2,8) que sur le dépoli lui-même. La question est en attente en fonction des performances de l’appareil et d’autres travaux ou compléments sur d’autres appareils.

Le traitement de la chambre noire (light baffles):

Il y a une différence entre celles des Rolleiflex et celles des Yashica. Seuls les MAT 124 G sont dotés d’une chicane sommaire. Je ne considère pas qu’il s’agit d’un défaut « permanent » car cela ne se manifeste pas sur tous les clichés. Mais quand on vise une surface très éclairée sous certains angles, la chambre noire apparait ainsi:

On remarque 4 zones sur lesquelles la lumière se reflète lorsque l’objectif est à pleine ouverture. Cela diminue en partie en fermant le diaphragme. Sur les appareils où le défaut est observé, cela se traduit par un halo lors des prises de vue en contre jour. Pour y remédier, une fois l’objectif nettoyé, on peut repeindre la chambre noire avec de la peinture noire « mat » pour maquette ou bien de la laque glycéro mate en pot ou en bombe. Il est difficile de trouver un produit adéquat. Un temps, j’utilisais de la peinture mat de chez Humbrol ou autre pour maquette que je ne trouve plus. Faites un essai préalable sur un coin de la chambre. Il existe aussi des produits de flocage auto adhésif genre feutrine. Les forums traitent de cette question. A noter qu’en dehors des Rolleis, des Flexaret, des Walzflex, Autocord et des Ricoh, très peu de TLR disposent de ces chicanes. Le « flare » a diverses causes, conception de l’objectif et de son traitement anti-reflets, propreté de celui-ci, angle par rapport au soleil, état de la chambre noire, etc. L’usage d’un paresoleil permet d’y remédier en grande partie tout comme la propreté de l’objectif. N’hésitez pas à en bidouiller un comme celui que j’ai réalisé en bas de l’article si vous n’en trouvez pas. Toutefois ne soyez pas étonné de constater de temps en temps des halos sur quelques photos.

La chambre noire munie de chicanes d’un Rolleicord. Tous les Rolleis « modernes » depuis 1949 sont ainsi faits. Le must.
La chambre noire d’un Yashica Mat (ici très éclairée par le flash) ne possède aucune chicane ce qui est regrettable.
La chambre noire de l’Autocord de Minolta. On voit la chicane destinée à limiter les reflets.

Vous l’avez compris le MAT, tout court, est hautement préférable au MAT 124.

A défaut de MAT on peut se replier sur le « D » sans système d’avancement automatique et d’armement par manivelle, façon Rolleicord, ou un rare « 635 » qui est un « D » apte, grâce à un adaptateur, au film 135 à l’instar du système Rolleikin pour Rolleiflex. L’adaptateur a souvent été perdu et ça ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval à un tarif raisonnable. Certaines versions du 635 sont équipée d’un objectif Yashicor à trois lentilles.

Un Yashica 635 avec sa trousse complète de 6 accessoires pour adapter le film 135.

Question tarif, vu les différences en défaveur du Yashica Mat, il n’est pas question d’y consacrer plus qu’un Rolleiflex. Le mien a été trouvé à 200€ avec le sac et le bouchon ce qui est très correct en raison de son état exceptionnel. Ca vous donne une idée. Au début des années 60, j’ai relevé ces prix sur une publicité américaine: un Yashica mat valait 85$, un Minolta Autocord L 124 $, un Rolleicord VA 139$, un Rolleiflex Automat 250$ et un 2,8E 350$.

(1) j’ai traité cette question dans l’article ci-après: https://mlmpages.wordpress.com/2018/02/09/__trashed/

(2) il y a plusieurs solutions: en acheter un réalisé en 3D ou le faire à partir d’un fichier, soit en trouver un de marque Yashica ou compatible en occasion.

Nota:
En consultant les forums qui traitent des Yashica TLR, j’ai lu deux remarques que je soumets à votre sagacité.
La première concerne le blocage du retardateur lorsque le réglage du flash est positionné sur « M ». Comme on ne se sert plus du flash magnésique, je n’ai pas tenté le diable (cf : Photo Net). La notice de l’appareil demande du reste de connecter le flash sur « X ». « Caution ! be sure to move the synchro selector to the X position when using the self timer » . Notice à: https://www.butkus.org/chinon/yashica/yashicamat_m/yashicamat_m.pdf
La seconde porte sur une faiblesse du système d’armement du 124 G dont le mécanisme tomberait en panne. (cf : Frugal photographer).
Si cela vous intéresse, tapez « yashica issues » sur tout bon moteur de recherche.  

Yashica est également connu pour des appareils télémétriques comme cet excellent « Electro 35 CC » à gauche de la photo doté d’un objectif de 35 mm. Sans doute le meilleur et le plus compact de tous les télémétriques Yashica.


Comme plusieurs mois après avoir rédigé cet article, je peinais toujours à trouver un paresoleil Yashica ou compatible à un tarif non-spéculatif, j’ai imaginé une solution provisoire pour le paresoleil. Ne riez pas. J’ai découpé au X-acto l’empreinte de la monture dans ce bouchon de bouteille en plastique.

Les appareils photos SEAGULL TLR, histoire, évolution, restauration, améliorations, CLA (cleaning, lubricating, adjusting). Achat « Damoclès ?

Après les Rolleiflex https://mlmpages.wordpress.com/2017/12/10/acheter-un-rolleiflex-que-faut-il-examiner/ je vous emmène faire un tour en Chine avec les appareils photo Seagull.

Un Seagull 4A de la première génération, remis en état à partir de deux boîtiers, entre un Rolleicord (plus petit en volume) et un Rolleiflex 3,5 Xenotar de volume identique. Cela donne l’impression que les éléments qui les constituent sont interchangeables. Il n’en est rien.

Un peu d’histoire

Plus inspirés des Rolleiflex que des rivaux japonais dans leur aspect, leur conception, leur construction et l’ergonomie qui a fait le succès des appareils allemands, les Seagull sont des appareils photos chinois reflex à deux objectifs (TLR)  fabriqués durant plusieurs décennies  à partir des années 60 par Shanghai Camera Factory. D’abord produits peu de temps sous le nom de Shanghai 4, ces appareils évoluèrent pour l’exportation à partir de 1964 en deux versions sous le nom de Seagull, l’une avec un système d’avancement du film couplé à l’armement de l’obturateur, version 4A , l’autre à armement manuel par bouton rotatif, version 4B, avec avancement du film au bouton et blocage pour éviter les doubles expositions comme sur le Rolleicord. Le 4B perdra cette fonction et deviendra un appareil dont l’avancement du film se contrôle dans les « fenêtres » rouges au dos de l’appareil. Ce n’est pas pratique. En contrepartie, ces seconds modèles de 4B étaient prévus pour le 6×6 et le 4,5×6. Une version susceptible d’accueillir un adaptateur genre ROLLEIKIN a été produite peu de temps (4C). Elle est quasi introuvable.

Les dénominations de ces appareils furent multiples, 4A103, 4A105, 4A107, WWsc-120, B.I.G. TWIN 4… Le modèle le plus sophistiqué fut le rare 4A 109 arrivé trop tard doté d’un objectif à 4 lentilles et d’un obturateur au 1/500 ème, réplique d’un Copal comme celui limité au 1/300 ème. On pouvait lire les vitesses et le diaphragme en visant comme sur les Rolleiflex ou les Yashica mat. Il n’y a pas d’explications sur le choix du nom de la marque, « la mouette » en français. Les premiers Yashica TLR se sont bien appelés Pigeonflex ! Fer de lance de la nouvelle économie chinoise, ils furent importés en Europe où ils connurent le succès en raison de leur tarif et de leurs qualités générales. J’avais acheté un 4A pour ces raisons au début des années 70 (un Seagull 4A coûtait 600 fr et un 4B encore moins, à comparer aux 2200 fr du Rolleiflex T). Longtemps je m’en suis servi, avec une cellule Sixtar, mais son obturateur a lâché très vite après une centaine de rouleaux. J’y reviens plus loin. Les rares tests parus dans la presse spécialisée à l’époque sont positifs avec un imbattable rapport qualité/prix. Photo Quelle, grand distributeur allemand, les vendit sous la marque REVUE. En Chine, ils furent également nommés MU-DAN, EASTAR…. Ils sont fabriqués avec précision dans des matériaux costauds (pas tous) et dans l’échelle de la qualité, de mon point de vue, ils viennent après les Rolleis et les Yashica et bien avant les Semflex dont l’alu utilisé est franchement mou mais à l’obturateur excellent. Au tarif où il était vendu, il a permis à beaucoup de photographe de se lancer dans le moyen format avec des bons résultats en attendant de « passer » au Rolleiflex. Malgré une ergonomie et des optiques correctes, il était équipé d’un obturateur qui présente un taux de pannes très supérieur à ses concurrents. J’y reviens plus loin.

Au cours de leur longue carrière, ils connaitront diverses évolutions esthétiques portant sur les attaches de courroie de transport, la peinture de certains éléments… Les évolutions techniques, en dehors de l’obturateur, quasi immuable, concerneront l’optique, le système de pliage du viseur, l’installation d’une griffe pour flash connectée dans les modèles ultimes, des variations du bouton de mise au point et un dépoli avec stigmomètre.

Ecorché du côté de la manivelle qui montre un schéma de construction inspiré des Rolleiflex. A noter que Yashica utilise pour ses « MAT » un système très proche. Attention à ne rien perdre si vous vous lancez dans le démontage, vis, rondelles, ressorts… Je l’ai uniquement ouvert pour vous montrer sa complexité et la qualité de la construction. Il fonctionne à sec, sans lubrification. En général, lorsqu’il y a un blocage cela ne provient pas de ce mécanisme mais de la commande de l’obturateur sous la façade et parfois même de l’obturateur.

Vous trouverez sur ces sites un panorama et l’histoire des TLR chinois :

http://www.tlr-cameras.com/Chinese/

http://niteprojekts.blogspot.com/2006/06/history-of-seagull-tlr-camera.html

Par ailleurs, Shanghai Camera Factory, devenu Seagull Camera, produisit des foldings 6X6 (genre Agfa Isolette), divers appareils 24×36 dont un réflex à monture Minolta ainsi que de nombreux accessoires dont un viseur à angle droit bien connu des possesseurs de réflex.

POINTS FAIBLES ET POINTS FORTS

Vous lirez beaucoup de commentaires négatifs sur la famille des Seagull si vous vous intéressez à cet appareil. Il faut relativiser les soucis éventuels de ces appareils au regard de leur prix, de leur état, des conditions de leur usage et de leur âge.

Les points faibles

En dehors du gommage faute d’activité (mais on remédie aisément à ce mal de tous les obturateurs centraux à secteurs, Compur, Copal, Prontor….), il arrive parfois que l’obturateur cède sans que cela soit imputable à un fonctionnement intensif. En cause, la conception des pivots en laiton des lamelles sertis sur celles-ci. Le sertissage lâche. Je suis parvenu à remettre en état un de ces obturateurs en collant le pivot à la colle cyanolite sur mon premier Seagull acheté dans les années 70. De plus, certains obturateurs manquent de fiabilité du fait de leur conception et de la déformation des pièces. Ces incidents sont assez fréquents pour y porter une grande attention lors d’un achat. Si vous voyez que les lames de l’obturateur sont lâches, laissez tomber. Par ailleurs des interventions malencontreuses sur cet obturateur peuvent conduire à l’irrémédiable. Le taux de pannes est très élevé, et notamment les pannes irréparables.

Voici un exemple d’un sertissage sur des pivots de lames de diaphragme mais le montage sur des lames d’obturateur est identique..

Par ailleurs, sur les modèles A, il arrive souvent que l’échelle de profondeur de champ soit déréglée en raison du séchage de la colle. Cela se répare aisément. J’y reviendrais (1)

En dehors de ces fragilités mécaniques, les Seagull présentent trois faiblesses non rédhibitoires.

L’objectif de prise de vue souvent marqué HAIOU 31 comporte trois lentilles, contrairement à ce que j’ai lu. Sans doute ses qualités font penser à une structure de type Xénar ou Tessar. La notice Seagull disponible ici, atteste de sa structure:

https://www.cameramanuals.org/pdf_files/seagull-4a.pdf.

Il est de type Cooke (deux éléments avant collés, un élément simple arrière). Les images sont nettes, il ne donne aucun assombrissement majeur dans les coins et le rendu des couleurs est correct, peu saturé. Mais, comme disent les anglo- saxons, il n’est pas « razor sharp » bien qu’il autorise des agrandissements de 30 x 40 de qualité. L’examen de clichés déposés sur flickr montre de bons résultats. Un test paru dans « Photo ciné revue » faisait état d’une résolution centrale de 80 lignes par mm ce qui est excellent vu sa structure. Il est aidé par une construction précise du boîtier. Il ne génère pas de reflets dans la chambre noire qui ne dispose pas de chicanes comme c’est le cas des Yashica, Rolleiflex et Rolleicord, Ricoh, Flexaret, Minolta Autocord….Si du « flare » se produisait, la seule solution est de peindre la chambre noire avec une peinture noire mate, très noire et très mate.

Sur les évolutions suivantes de cet objectif, le traitement contre les réflexions donnera plus de contraste, SA 84, SA 85, SA 91, SA 92, etc . Il a existé des objectifs à 4 lentilles lors du lancement de l’appareil, les Haiou 43. Je n’en ai jamais vu. Le seul objectif  – à ma connaissance – ayant une structure voisine du Tessar à 4 lentilles est marqué, soit SA 99  3 G – 4 E (pour 3 groupes, 4 éléments), soit Tessalit – 4, au nom évocateur. Le groupe  arrière comporte 2 éléments collés comme sur les Tessar. On le trouve sur le web pour remplacer le modèle à trois lentilles.

L’objectif de visée des 4A est différent de l’objectif de prise de vue bien que portant souvent la même dénomination. Il est constitué de deux éléments. Il est ouvert à 2,8 alors que sur les 4B il ouvre, selon les modèles, à 2,8 ou à 3,5. Si vous avez la version 3,5, je déconseille de s’attaquer au changement de cet objectif par un objectif plus lumineux. Il n’en existe pas dans le commerce en ligne. La seule possibilité serait d’en prélever un sur un 4A et de l’installer sur un 4B. Le jeu n’en vaut pas la chandelle. Un meilleur dépoli donnera plus de luminosité et c’est une opération plus simple à effectuer qui vous amènera, au passage à nettoyer la cage de visée, le miroir et la face interne de l’objectif de visée.

Au centre de l’image, dans un petit trou rond, on aperçoit la vis de serrage de l’objectif de visée. On desserre la vis pour régler l’objectif en le tournant. Une fois réglé on serre la vis sans excès. Sauf à la suite d’une intervention lourde comme je l’ai fait, il est inutile de changer le réglage d’origine.

Le Seagull est équipé en général, sauf les versions récentes des années 90, d’un dépoli simple sans stigmomètre au centre. Il est moyennement granuleux mais acceptable notamment pour les appareils équipés d’un f2,8 à la visée. Les dépolis modernes sont plus fins.

La question des filtres et du paresoleil. Tous les Seagull ont des montures vissantes peu courantes de 34 mm de diamètre ce qui rend la recherche d’accessoires difficile. Le fabricant n’a pas jugé bon de livrer des accessoires ayant ce diamètre. Comme on trouve plus facilement des accessoires vissants en diamètre 37, on peut équiper l’objectif d’une bague 34/37 et y adapter des filtres et un paresoleil de diamètre 37 plus courant. Le Seagull accepte également les filtres à emboitement de 36 mm de diamètre mais comme la lèvre sur laquelle le filtre s’emboite est peu saillante, je déconseille ce type d’accessoire à emboitement qui est arraché facilement. Le paresoleil est indispensable et point n’est besoin de s’équiper de plusieurs filtres. Un filtre orange ou jaune suffit. Pour la petite histoire, le plus modeste Pearl River TLR chinois a une monture d’objectif qui accepte les filtres Rolleiflex BAI 1. Pourquoi Seagull n’a pas doté son appareil d’une monture plus générique qui, vu le diamètre, aurait pu être la BAI II de Rollei ?

Le paresoleil de filetage 37 mm est monté sur une bague adaptatrice 34/37. Il gêne un peu la visée mais je n’ai pas trouvé mieux.

La limitation de l’obturateur au 1/300 ème est-elle un handicap ? D’une certaine façon, oui, bien que la plupart des Rolleiflex n’atteignent jamais un vrai 1/500 ème même révisés, en dehors de ceux de la série GX dont les vitesses sont pilotées électroniquement. En réalité, sur mon premier Seagull j’avais fait un test à indice de lumination constant (EV). Le 1/300 ème me paraissait correct, donnant une image un peu plus sombre que s’il s’agissait du 1/250 ème que m’indiquait ma cellule. Pour les novices, je précise que les vitesses ne se règlent pas dans ce type d’obturateur central. Au mieux, grâce à une lubrification et un nettoyage approprié on en améliore un peu la précision.

L’obturateur inspiré d’un Copal connaîtra peu d’évolutions au cours des décennies de fabrication. Quelques pièces seront fabriquées en acier au lieu du laiton. Cet obturateur est plus fragile que la plupart des autres, Prontor, Compur, Copal, Orec…qui équipent des appareils analogues et dont le taux de réparabilité est nettement plus élevé. .

Les points forts

Les Seagull sont construits d’une manière simple, précise et accessible ce qui rend leur réparation facile par des personnes méticuleuses et averties. Les matériaux sont de bonne qualité en particulier le miroir de la cage de visée qui résiste au temps contrairement à ceux d’autres marques. Sur un des deux Seagull qui m’a servi de banque de pièces, malgré une exposition à la poussière et à la moisissure le miroir est impeccable une fois nettoyé. Malheureusement, alors qu’ils avaient des pannes mineures, beaucoup de Seagull ont été désossés par des doigts peu experts au risque de les condamner à devenir des appareils « donneurs » de pièces détachées. C’est ce qui est le cas pour un des miens.

L’armement synchronisé à l’avancement du film qui a fait le renom de Rolleiflex, est un gros avantage sur la version 4A par rapport au 4B. On tourne la manivelle, l’obturateur s’arme automatiquement et on peut déclencher. On ne peut redéclencher qu’en armant à nouveau sauf en cas de surimpression volontaire. Pour les inattentifs comme moi, c’est un système sûr. C’est fiable car le mécanisme est bien étudié. Peu de Seagull ont des failles avec ce système tout comme leurs concurrents Rolleiflex ou Yashica. Leurs systèmes se ressemblent fortement. De plus, le chargement du film est aisé et sa planéité est assurée par un presseur. Il suffit de placer les deux flèches horizontales de la pellicule face au point rouge comme indiqué sur la notice consultable ici: https://www.cameramanuals.org/pdf_files/seagull_4.pdf

Au plan des perfectionnements, il faut signaler sur les versions A et B, la présence d’un correcteur de parallaxe. Parmi les fabricants d’appareils réflex à deux objectifs peu se sont attaqués au problème de la parallaxe. Le dispositif est constitué de deux volets qui se déplacent sous le dépoli sous l’action du bouton de mise au point comme sur un Rolleiflex ou Cord. Dans le viseur on a l’impression qu’un cadre se déplace d’avant en arrière. Même le très sur-côté et vanté Minolta Autocord ne possède pas ce système pas plus que les Yashica, Semflex, Flexaret… On peut penser qu’avec une « base » aussi bonne, Seagull avait envisagé le développement de modèles plus sophistiqués et d’accessoires optiques comme le Rolleinar.

Sur la platine avant, la vis – au milieu de la photo – retient la came de réglage de la correction de parallaxe.
Viseur déposé, on aperçoit le volet arrière du cadre de réglage de la correction de parallaxe. Un système de cames et de tringles actionne en les inclinant les volets avant et arrière en fonction du réglage de la distance. C’est le même système que celui monté sur les Rollei jusqu’à l’apparition du viseur amovible des Rollei.

Tous les Seagull ont la possibilité de faire des doubles (ou plus) expositions sur le même négatif ce qui peut avoir un intérêt. Sur le 4A, on appuie sur un petit bouton à côté de la manivelle et on fait tourner celle-ci à l’envers. C’est armé. Sur le 4 B il suffit de réarmer l’obturateur sans faire avancer le film.

L’obturateur est synchronisé pour le flash électronique à toutes les vitesses. Les premiers modèles de Seagull ne possèdent pas de griffe pour flash. Les derniers modèles ont une griffe avec un contact.

Dernier point non négligeable, bien que conçue sans chicanes, la chambre noire n’occasionne aucun reflet interne avec les divers objectifs que reçoit le Seagull.

Les améliorations à apporter au Seagull

Tel que, le Seagull est un bon appareil, pédagogique et performant. Il est idéal pour la réalisation de portraits et de photographie de rue, entre autres genres. Les paysages conviennent moins aux TLR.

Il se trouve que l’objectif à quatre lentilles cité plus haut ( SA 99) est disponible sur le web. On peut le monter sans difficultés à la place du 3 lentilles. Il est de même focale et de même diamètre.  Il offre une meilleure définition et un traitement des surfaces efficace contre les reflets. Bien réalisé,  il est très voisin d’un Tessar ou d’un Xénar de Rolleiflex. Comme l’objectif qui équipe mon Seagull est altéré sans possibilité de guérison, je choisirai cette solution de remplacement.

Le dépoli peut être remplacé par un dépoli au grain plus fin et donc plus lisible avec un stigmomètre qu’on trouvera aisément sur le web. Il faut retailler le dépoli avec un cutter pour l’adapter correctement à la bonne dimension qui est de 55 X 62mm. Je viens de le faire sur un Rolleicord dont la visée est améliorée d’autant plus que l’objectif de visée du Rolleicord n’ouvre qu’à f 3,5.

Nettoyage et ajustements

Je suis parti de deux appareils identiques, un Seagull en bon état cosmétique mais dont l’obturateur qui semble neuf donne irrémédiablement des vitesses erratiques (je soupçonne une opération maladroite du précédent propriétaire (1), et le Seagull qui figure en haut de l’article acheté à petit prix. Sur ce dernier, tout semble fonctionner parfaitement, mise au point, diaphragme, vitesses, retardateur… Sur les deux modèles, la table de profondeur de champ de la mollette de mise au point s’est déréglée. C’est courant sur les 4A de première génération. On verra plus loin comment régler cela (2).

Je vais implanter l’obturateur qui fonctionne sur le Seagull qui est en excellent état esthétique en procédant à une révision complète de l’appareil. Pour ce faire, on doit dévisser la bague arrière de l’obturateur dans la chambre noire et ôter la plaque avant du Seagull. Sous la moleskine, on dévisse 4 petites vis et la bague autour du déclencheur. Voir les sites explicatifs en fin d’article.

Le nettoyage va porter sur les points suivants, le viseur, l’optique, la carrosserie et le sac.

Le viseur est fixé par quatre vis comme sur les Rolleiflex à viseur fixe. On le dépose en dévissant 4 vis pour accéder à la face interne du dépoli et au miroir. On retire délicatement les ressorts spéciaux et on lave le dépoli après l’avoir enlevé avec de l’eau savonneuse tiède et un pinceau fin pour la gouache. On l’essuie délicatement avec un kleenex. Au passage, on nettoie la face interne de l’objectif de visée avec la solution pour les verres de lunette. Je suggère de déposer le miroir pour bien le nettoyer. Le nettoyage en est facilité. Sous le miroir on remarque l’axe de la molette de mise au point. Comme elle est un peu dure, je dépose une goutte d’Interflon, variante moins grasse du WD 40 pour fluidifier la rotation. La loupe de visée subit le même nettoyage que l’optique de visée. On remonte.

Un des deux ressorts de retenue du dépoli.

Pour déposer et remplacer l’objectif de prise de vue, j’utilise une méthode simple avec un morceau de caoutchouc d’une chambre à air et un manchon constitué d’un raccord de plomberie. Un bouchon de liège de diamètre identique convient. L’important est qu’il n’excède pas 32 mm de diamètre On doit appliquer une pression uniquement sur la monture de l’objectif où sont gravées les inscriptions et tourner dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Pour la partie interne de l’optique – on y accède en ouvrant le dos – je me sers de brucelles, l’objectif comportant des encoches. Une fois l’objectif nettoyé sur les quatre faces des éléments, je constate que le revêtement de surface est légèrement altéré sur un cercle de 4 mm de diamètre et que le baume qui colle les éléments avant est dégradé. Une forme de délamination. Il faut probablement incriminer les conditions de stockage ou plus simplement, le temps. On peut utiliser cet objectif mais la qualité des images sera affectée. J’ai un autre objectif HAIOU 31 sur le Seagull cosmétiquement correct mais tant que je suis dans la réparation je préfère monter un SA 99.

L’objectif SA99 (partie avant et arrière) est installé en lieu et place du HAIOU 31 sur l’obturateur transféré. Pour plus d’assurance, en raison de l’importance des changements, je vérifie au collimateur maison la mise au point à l’infini: https://mlmpages.wordpress.com/2018/12/01/reglage-de-linfini-sur-un-appareil-a-soufflet-folding/

Celle-ci est correcte. Tant mieux car je ne voyais pas comment l’ajuster. Cela montre que ces appareils et la plupart des TLR, sont construits avec une grande précision. Ma conviction est que seuls, des chocs sur la platine qui supporte l’obturateur ou un desserrage de la partie antérieure de l’objectif de PDV peuvent affecter la précision de la MAP. Je vérifie également la pertinence de l’objectif de visée à l’infini qui nécessite un léger ajustement. Je le fais au jugé sur le dépoli à l’aide la loupe et un stigmomètre en visant une antenne de TV très lointaine. Je bloque l’objectif à l’aide de la vis de serrage.

On observe les encoches de la partie arrière, à droite, pour en faciliter la dépose avec des brucelles.
Une fois l’objectif nettoyé, on voit les effets de la délamination des deux lentilles du bloc avant sous l’indication « mm ». En dessous, il s’agit de la détérioration du traitement de surface et non des traces de doigt. L’objectif du boîtier dont l’obturateur est en panne est en excellent état.
Partie gauche de l’image, les deux éléments avant et arrière du SA 99 à 4 lentilles. On remarque que les reflets sont réduits par rapport au HAIOU 31 à droite.

A titre anecdotique, j’ai tenté de monter un Berthiot de Semflex sur l’obturateur car il se trouve que j’ai un objectif en parfait état. Ca ne fonctionne pas pour l’élément arrière. Je n’ai pas essayé avec un Xénar ou un Tessar de Rolleiflex.

La « carrosserie » du boîtier sur lequel je récupère l’obturateur est vraiment sale. Le revêtement se décolle et se retracte la colle néoprène séchant. A terme, il faudra le changer. Pour bien nettoyer tout ce qui n’est pas optique, j’utilise une solution d’eau additionnée de 5% d’ammoniaque.

Cet appareil est très sale.
Le revêtement arrière s’est décollé et sa remise en place est compromise car il a rétréci. Il me servira pour la façade.

Le sac est de bonne facture. Il existe deux modèles pour le 4A, un à abattant fixe, l’autre dont l’abattant est amovible grace à deux gros boutons pressions. Il est mieux réalisé et mieux cousu que celui des Rolleiflex, en cuir moins épais. Très sale, je l’ai nettoyé avec une solution d’eau à 5% d’ammoniaque, puis un coup de cirage en améliore l’aspect.

La courroie se fixe à l’aide de griffes spécifiques Seagull. Celles des Rolleiflex ne conviennent pas. La présente courroie a été faite à partir d’une courroie pour volet roulant, l’originale étant « pourrie ».
A gauche, le sac Seagull nettoyé, à droite le sac Rolleicord.

En définitive, qu’ai je fait pour remettre en état mon Seagull ?

  • Nettoyage général: dépoli, miroir, optique de visée, chambre noire et chambre de visée, etc,
  • Remplacement de l’obturateur, vérification de la justesse des vitesses et du retardateur et changement de l’objectif, lubrification des mécanismes,
  • Réparation de la table de PDC,
  • Réglage de la mise au point avec l’objectif de visée et contrôle de la mise au point de l’objectif de prise de vue,
  • Vérification du déclenchement du flash.
  • Diverses vérifications et nettoyage cosmétique.

Il me reste à reprendre le revêtement et à envisager ultérieurement le changement du dépoli.

En haut à gauche de la platine avant on voit un trou ovale car sur certains 4B ce trou est destiné à recevoir le connecteur de flash.

Avec le revêtement, il a meilleure allure. Je l’ai découpé au X-Acto dans le revêtement du dos du « donneur » montré plus haut.

(1) L’obturateur HS, explications:

Casse tête chinois….Je ne suis pas parvenu à le remettre en service. Le principal symptôme de la panne de cet obturateur est le dérèglement des vitesses. Si du 1/30 ème au 1/300 ème elles semblent « correctes », en dessous, c’est curieux, la pose B donne environ 1/4 de seconde, la seconde correspond à 1/2 seconde et le comble, la seconde est atteinte au 1/15 ème de seconde ! J’ai ausculté et remis en état pas mal d’obturateurs, des Prontor, des Compur, des Orec, des ATOMS, un Epsilon….je n’ai jamais rencontré cela sauf sur un Royer qui donnait des vitesses aléatoires. En général, dans 9 cas sur 10, les obturateurs ont des soucis de vitesses lentes et de retardateurs du fait de leur inactivité depuis des décennies. Les mécanismes se figent sous l’effet d’une légère oxydation. On y remédie facilement en lubrifiant les engrenages à dose homéopathique parfois en déposant le « module » des vitesses. Là, je ne comprends pas car tout semble fonctionner même le mécanisme des vitesses lentes (mais pas à la bonne sélection) et le retardateur. Après plusieurs auscultations et ouvertures du mécanisme je penche pour, soit une pièce faussée, soit un ressort inopérant, soit un élément étranger coincé, soit une pièce absente, l’obturateur ayant probablement été ouvert, les marques sur les vis sont évidentes et la perte sans incidence sur l’obturation de la vis de blocage de la couronne d’ouverture. Je le mets en attente si un élément de l’autre défaille en particulier, une lame d’obturateur – par exemple – ou si j’en trouve un en état pour remonter un appareil complet.

(2) Réparation de la table de profondeur de champ (PDC).

Beaucoup de Seagull des premières séries présentent ce défaut dû à un décollement des éléments. C’est réparable avec quelques soins. Dans la grosse molette de MAP, on desserre avec les doigts la couronne noire crénelée qui retient la plaque transparente. On enlève ensuite une couronne noire en plastique en s’aidant de brucelles pointues. On dépose la couronne des distances, la plaque centrale où figurent les diaphragmes, puis enfin une rondelle de papier cartonnée rose. On va remonter le tout en prenant soin de respecter l’ordre de montage. Avant, on nettoie bien les pièces avec un sopalin et sous la rondelle des distances on colle à la colle blanche à bois une rondelle de papier (épaisseur d’une carte de visite). On règle la grosse molette de MAP à l’infini. On colle la rondelle rose sur l’axe noir comme indiqué sur la photo n°3 et 4 en prenant soin de placer le trait rouge à la verticale. Ensuite on colle dessus la rondelle des diaphragmes. On laisse sécher 2 à 3 heures. Sous la rondelle des distances on colle à la colle blanche à bois une rondelle de papier (120 gr) et on colle l’ensemble au fond de la grosse molette de MAP. L’index de l’infini doit être en face du trait rouge comme on le voit sur les photos.

Sites de restauration de Seagull:

https://johnzzhang.github.io/posts/seagull-repair/seagull-repair/

Un petit mot en guise de conclusion

Cet appareil est un appareil d’initiation pour des photos de qualité, plus abordable que d’autres concurrents, Yashica, Rolleiflex dont les tarifs atteignent des sommets stradivariens… Sur flickr, vous trouverez des exemples de clichés faits avec des Seagull. Vous constaterez que les images sont de bonne qualité. Quel tarif ? Il y en a à tous les prix précisant que parfois ceux-ci ne sont pas inférieurs à 120€ et parfois supérieurs à 300 euros, transport (coûteux) non compris. Non, si le choix de cet appareil peut paraître judicieux en raison du fait qu’il reprend la formule du Rolleiflex, rien, je dis bien rien, ne justifie un tel investissement. Se vendent-ils ? En tous cas, ils restent souvent à l’étalage du web sur un site bien connu. J’estime qu’un 4B fonctionnel ne doit pas se négocier au delà de 60/80 euros et un 4A au delà de 100/140 euros (un peu plus s’ils ont leur sac spécifique) car malgré leurs qualités théoriques, ils n’ont ni durabilité et la réparabilité d’un Rolleiflex, ni les qualités générales. Ils peuvent souffrir d’un défaut majeur, parfois rédhibitoire, obturateur essentiellement, avec un taux de pannes élevé (environ 2 appareils sur 3), bouton de mise au point sur la plupart des appareils, optique altérée (1 appareil sur trois)… Lors de la transaction, on s’attachera notamment à vérifier que l’objectif est clean, sans les défauts que j’ai mentionnés plus haut, que l’obturateur fonctionne à toutes les vitesses – ce qui n’est pas toujours précisé dans les annonces – et que, s’il y a des réparations à faire, celles-ci sont à votre portée. On se méfiera des appareils au viseur ou à la façade cabossée. Si cet appareil vous intéresse et que vous en trouvez un à un bon tarif, bonnes photos, mais ne vous ruinez pas car ce n’est pas un investissement durable. C’est un achat « Damoclès » qui, même avec des appareils totalement fonctionnels lors de l’achat, présente un gros risque en matière de fiabilité. L’appareil peut vous laisser en rade alors que vous ne vous y attendiez pas.

Orientez-vous plutôt vers un Rolleicord:

LE DERNIER ESPADON, aventures de Blake et Mortimer

Après La Vallée des Immortels en deux tomes, parait maintenant Le Dernier Espadon dans la série inaugurée par Edgard P. Jacobs.

Jean Van Hamme est l’auteur du scénario et les dessins sont de Teun Berserik et Peter Van Dongen qui a un nom prédestiné pour être le coloriste. Le scénariste est bien connu de la série qu’il abandonne parfois, tandis que les dessinateurs n’ont à leur actif dans cette série que les deux tomes de la Vallée des Immortels.

L’histoire se déroule en janvier 1948 et elle reprend les thèmes de fiction qui fondent la série ainsi que le climat géo-politique des années d’après guerre avec le Professeur Mortimer grand scientifique et le « capitaine » Blake dont on apprend que le titre de capitaine est destiné à cacher son vrai grade.

C’est un bon volume, scénarisé avec clarté, sans confusion possible. Les tours de passe passe et les postiches sont un peu gros pour parvenir à l’épilogue mais cela ravit les inconditionnels de la série.

Un gros travail a été mené sur le dessin qui est précis avec une grande richesse de portraits qui évitent les confusions, des lieux représentés avec vraisemblance et une coloration adaptée sans exagération comme on a pu le voir dans des volumes précédents. Blake et Mortimer ont des physionomies stabilisées, tout comme l’ineffable colonel Olrik. Les intérieurs des maisons et autres lieux sont particulièrement réalistes et fouillés. La féminité est peu présente dans ce volume, hormis….

Vous m’avez compris, je recommande ce énième ouvrage car tout contribue à une lecture dévorante et agréable.

Aux Editions BLAKE ET MORTIMER.

A mettre dans la hotte du père Noël.

Les lecteurs qui seraient intéressés par mes commentaires sur d’autres volumes de Blake et Mortimer peuvent y accéder en revenant sur la page principale de mon blog et en cliquant sur la catégorie « Blake et Mortimer ».